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Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy
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 :: Maison Searcy
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MessageSujet: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Ven 26 Oct - 1:31

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. [Post précédent]

Le trajet dura une vingtaine de minutes. Garrett resta silencieux, tentant de digérer lui-même ce qu’il venait de faire. Acheter un être Humain. Il ne savait plus s’il devait se détester de l’avoir fait… ou s’admirer d’avoir enfin oser franchir une telle étape. Le côté pratique l’avait emporté sur le côté moral. Un éducateur d’esclave sans esclave… Un Vampire, même Transformé, sans esclave…
Il se sentait presque sale d’avoir osé faire une telle transaction. Mais il était trop tard pour reculer.
Le Vampire gara la voiture dans l’entrée. Ils étaient en plein quartier Vampirique. La maison Searcy était à l’origine un vieux chalet. Il avait subi toute une gamme de rénovation au fil des années, mais l’aspect chalet était resté. Lumineux et plutôt éclatant avec sa couleur « vieux-rouge » pour l’extérieur, il détonnait un peu dans le décor. À l’avant de la maison et à l’arrière, il y avait une multitude de plantes, arbres et arbustes.

« Tu pourras utiliser la voiture si tu as ton permis. Je peux me rendre au travail autrement, ce n’est pas un problème. »

Raimbert pourrait faire des courses ou sortir. Il ne comptait pas le cloîtrer à l’intérieur de la maison non plus. Détachant sa ceinture, Garrett arrêta le moteur et sortit, se dirigeant vers l’entrée de la demeure. Il laissa l’Humain entrer avant de le suivre à l’intérieur. Il déposa ses clés dans un petit vide-poche près de la porte.

« La cuisine se trouve un peu plus loin. Tu auras la salle à manger à ta droite. Le salon à gauche. Il y a une petite pièce annexe au salon, c’est ce qui me sert de bureau. »

L’endroit était moderne et simple. Garrett ne possédait pas énormément de décorations. Plusieurs plantes, mais peu de babioles inutiles. L’endroit était sobre, mais élégant. Et bien entretenu. La cuisine possédait un îlot et tous les électro nécessaires pour être fonctionnelle. La salle à manger avait une belle petite table en verre avec des chaises assorties. Le salon possédait une grande télévision et des sofas moelleux.

« J’ai acheté quelques petits trucs en finissant de travailler hier, pour que tu puisses te nourrir pendant quelques jours. Je dois t’avouer que je ne savais pas trop quoi acheter. Tu pourras adapter tes repas selon tes goûts. Je ne mange pas beaucoup de nourriture humaine. De temps en temps, quand l’envie m’en prend… »  Garrett désigna une porte face à l’entrée, près des escaliers pour se rendre au premier étage. « Le sous-sol. Il est condamné. C’est le seul endroit de la maison où tu n’as pas le droit de te rendre. »

Le sous-sol. Il était resté intact depuis qu’il y avait retrouvé son Maître, mort. Il l’avait simplement condamné quand il avait pris possession de la maison. Il n’avait plus voulu y remettre les pieds. Ni pour ranger, ni pour rénover. Le Vampire monta ensuite à l’étage où se trouvait une magnifique mezzanine qui donnait une vue imprenable sur le rez-de-chaussée.  

« Ma chambre est celle du fond. Tu peux choisir la chambre qui te plaira le plus entre les deux restantes. Tu as ta propre salle de bain. Ta chambre t’appartient. Tu y fais ce que tu veux. »

Que ce soit pour décorer ou recevoir, Raimbert possédait son propre espace. Il n’avait aucune raison de le priver d’une chambre ou d’un espace personnel. Le Vampire ne le forcerait pas à dormir au pied de son lit… ou à le partager. Chaque chambre possédait un lit suffisamment spacieux pour deux personnes, une commode, un bureau et une grande fenêtre. Seule la chambre de Garrett était légèrement différente. Un peu plus grande, avec quelques décorations neutres.

S’appuyant sur le rebord de la barrière délimitant la mezzanine, il croisa les bras sur sa poitrine et observa son Humain quelques secondes. « Son » Humain. C’était étrange. Déroutant. Et lorsqu’il aurait faim, il aurait du sang à porter de main…
Une part du Vampire se sentait mal d’imposer une telle chose à l’esclave. Mais il n’avait pas vraiment le choix ou le luxe de se priver de sang.

« Tu devras entretenir la maison. Je t’aiderai dans la mesure du possible. »  Non Garrett, un Maître ne fait pas de ménage… et pourtant l’idée de ne pas mettre la main à la pâte l’embêtait. L’habitude, peut-être. « J’aurai aussi besoin de ton sang de temps en temps. Pour le reste, tu peux faire ce que tu veux. Tu peux sortir sans problème. Il y aura toujours un peu d’argent dans le vide-poche dans l’entrée. Tu peux en prendre à ta guise. Des questions? »

L’argent du vide-poche n’était pas réellement de l’argent de poche, mais Raimbert pourrait en faire ce qu’il voulait. Là-dessus, Garrett espérait être un meilleur Maître que l’homme l’ayant transformé en Vampire. Priver Raimbert n’était pas dans ses intentions. Pas plus que le blesser ou l’enfermer. Il ne lui ferait pas revivre le même enfer que lui-même avait enduré pendant près de 15 ans. Pas de laisse. Pas de chaîne. Pas de mauvais traitements.

Le Vampire attendit patiemment de voir si l’Humain avait des questions. Que ce soit d’ordre personnel ou non. Après tout, cet esclave-là allait partager sa vie. Et ce, pendant quelques années. Du moins, Garrett s’espérait. Il appréciait le caractère de Raimbert. Si calme. Si posé. Étrangement, cela lui faisait du bien. Lui-même ayant toujours été si anxieux à chaque réaction d’Eammon Searcy…
Il ne pouvait s’empêcher de comparer son nouvel esclave au Garrett-Humain. Ou au Garrett-jeuneVampire.

« Comment était ton précédent Maître, Raimbert? »    
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Je poste ici, n'ayant pas encore le sous-forum de la maison de Garrett ^^
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Ven 26 Oct - 20:25
Il était étrange pour Raimbert de rester assis dans une voiture à la place du mort, lui qui était habitué à conduire Sir Hopkins partout où la fantaisie le prenait d'aller. Le trajet fut court et silencieux ; Garrett n'ouvrit pas la bouche, l'humain ne jugea pas utile de parler plus. Au lieu de cela, il contempla le paysage, s'amusant des différents styles architecturaux que les Créatures s'étaient amusé à reproduire pour leur demeure. Bien vite, les lieux lui devinrent familiers ; ils rentraient au sein de l'enclave vampirique à proprement parler. Ils passèrent même devant l'ancienne maison de Raimbert et celui-ci laissa s'attarder son regard dans sa direction un peu plus longtemps que nécessaire, une légère émotion tapie au creux de sa poitrine.

Le domicile de Garrett était un chalet auquel Raimbert n'avait jamais prêté plus attention que cela. Docilement, il suivit le vampire au sein de sa demeure, se contentant de jauger d'un bref coup d'oeil les lieux. Il était bien plus attentif à ce qui était dit qu'à ce qui était montré, ce qui ne l'empêcha pas toutefois d'inventorier le contenu du frigo en passant devant et de remercier son maitre pour avoir pensé à le remplir avant son arrivée.

"Avez-vous un plat favori ?"

Le vouvoiement lui venait tout seul sous la langue, reste de son éducation un rien guindée. Pourtant le ton était chaud et accueillant, bien loin du respect teinté de peur que bon nombre d'esclaves auraient utilisé. Il prit note de la réponse de Garrett, se promettant de le lui cuisiner sous peu - un repas n'avait de sel que la compagnie qu'il apportait, comme disait le vieux proverbe.

Dédaignant le sous-sol qu'on lui avait interdit, il monta à l'étage à la suite du vampire. La vue sur le salon était superbe, il s'attarda un moment à la rambarde avant de se rendre dans les chambres. Son dévolu se porta sur celle qui était mitoyenne à celle de son maitre - exposée plein sud, le soleil la réchaufferait agréablement tout du long de l'année. Il y déposa son sac, appréciant l'espace dont il venait d'hériter. L'humain avait rarement pris le temps de personnaliser sa chambre, celle ci changeant régulièrement selon les destinations de Sir Hopkins ; peut-être prendrait il la peine d'aménager celle-ci... Peut-être.

Il revint à la mezzanine. L'idée de Garrett l'aidant au ménage lui fit lever un sourcil mais il ne rajouta rien. Après tout, il était chez lui et si cela l'occupait de passer la serpillère grand bien lui en fasse. Cela amuserait en tout cas Raimbert de le voir, ganté de plastique et chaussé de patins, en train de récurer le sol, c'était certain !

"Je n'ai aucune question, vous avez déjà répondu à toutes celles que j'aurais pu formuler. C'est parfait."

Il vint s'accouder à la rambarde à coté de Garrett, son regard se perdant sur le rez de chaussée. Son rez de chaussée, désormais. Comme il était étrange de se considérer esclave d'un autre... Comme s'il lisait dans ses pensées, le Vampire lui demanda de lui parler de son ancien maître. Raimbert prit le temps de réfléchir à la question avant de répondre, les yeux dans le vague.

"Anthony Hopkins, Vampire centenaire, ambassadeur des Etas-Unis. Comment il était ? Il était sévère, sévère mais juste..."


Un profond soupir lui échappa, nostalgie d'un temps pourtant pas si lointain. Il eut un maigre sourire d'excuse

"C'est lui qui m'a appris à être fier de ce que je suis, qui m'a appris que je pouvais valoir autant que les Créatures. Il m'a tout appris, tout enseigné en me pardonnant mes erreurs, comme si j'étais son..."

Comme si j'étais son fils. Le mot resta en suspens au bout de sa langue, comme une promesse tacite, comme le fil invisible qui relie encore et toujours deux êtres qui se sont aimés quelle que soit la distance qui les sépare.

"Il ne jurait que par le thé. Thé noir, thé vert, thé blanc, thé oolong... Il me les a tous fait testés mais rien à faire, mon palais n'appréciait que le café. Il a maugréé, juré tous ses dieux que je le tuerai par mon manque de goût... Et à mes vingt-trois ans, j'ai trouvé une cafetière à expresso sur mon lit, avec une petite carte m'intimant de boire cet infâme breuvage loin de son nez. Il n'en a jamais parlé ensuite. Voilà comment il était."


Silence. Raimbert le laissa s'étendre, yeux fermés comme pour contenir les larmes qu'il sentait subitement poindre au coin de ses paupières. Sir Hopkins et son thé... Les mots ne lui rendaient pas hommage. Il ne pourrait jamais faire comprendre à Garrett comment la simple odeur du thé vert lui faisait se sentir chez lui, comment le simple tintement d'une cuillère contre une tasse de porcelaine lui faisait lever l'oreille tel un chien fidèle. La parole trahissait tout ce qu'il était pour lui, elle qui le faisait passer pour un vieux bougon aux principes d'un autre temps...

"Et le vôtre ? Voulez-vous en parler ?"

Ce fut lâché d'une voix basse, presque d'un murmure. Juste un souffle porté par l'air, un souffle qu'on pouvait oublier ou écouter selon son humeur. Raimbert ne tourna même pas la tête, restant figure baissée et yeux fermés - l'image même du secret qu'il était capable de contenir si son maitre en ressentait le besoin.
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Sam 27 Oct - 17:07

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. Garrett avait simplement haussé les épaules quand l’esclave le remercia d’avoir remplit le réfrigérateur. Rien de plus normal. Il fallait bien nourrir l’Humain. Et s’il était rentré bredouille, il aurait pu tout apporter au Centre où il travaillait. Au final, il était bien heureux d’avoir trouvé quelqu’un.

"Avez-vous un plat favori ?"

Garrett reste un instant déstabilisé par la question. Un plat favori… Quelle étrange demande… Comptait-il lui préparer un repas agréable à se mettre sous la dent? Le Vampire n’en voyait pas l’intérêt. Manger de la nourriture humaine ne lui apportait rien. Cela ne soulageait pas sa faim. Et manger seul n’a pas le moindre intérêt. À moins que Raimbert n’ait pas l’intention de me laisser manger seul… Quel étrange Humain. Raimbert semblait voir au-delà de bien des choses. Cet Humain-là lui apprendrait peut-être, petit à petit, à prendre plaisir à profiter de sa vie de Vampire. À défaut d’avoir détesté celle d’esclave et d’Humain…

« Le poisson. J’aimais bien le poisson. » finit-il par répondre, avec une légère hésitation.

Il guida ensuite l’esclave à l’étage, lui permettant par la même occasion de choisir sa chambre et de poser ses choses. Jusqu’à présent, l’Humain semblait être du genre « facile à vivre ». Il ne semblait ni le craindre, ni s’inquiéter de son avenir. Garrett appréciait la chaleur de sa voix, sa franchise. Les Vampires avaient toujours un petit quelque chose… d’inquiétant. Une sorte de lien particulier avec la mort qui semblait effrayer bien des esclaves. Un lien qui l’avait lui-même effrayé pendant des années. Raimbert ne craignait ni de l’approcher, ni de lui parler. Il s’était même accoudé à ses côtés.

Le Transformé l’écouta, sans jamais l’interrompre. Anthony Hopkins. Ambassadeur des États-Unis. Ce nom lui était familier.
À entendre l’Humain, Garrett ne pouvait s’empêcher de constater à quel point il avait tenu ce Vampire en estime. Combien il avait pu l’aimer… Comment pouvait-on à ce point s’attacher à son Maître? Ce Hopkins avait semblé bien plus doux que Searcy. L’histoire de la cafetière pouvait sembler banale, mais c’était une image très parlante aux yeux de Garrett. Le Vampire Hopkins avait apprécié l’Humain autant que l’inverse. Il n’avait pas cherché à forcer Raimbert à changer. Il ne l’avait pas détesté pour des goûts différents. Il l’avait bien traité.

Le Vampire croisa les bras sur sa poitrine. Une part de lui sentait une pointe de jalousie refaire surface. Une autre part ne comprenait toujours pas comment un Humain pouvait à ce point apprécier un Vampire. Et finalement, une dernière part de lui regrettait de ne pas être aussi fantastique que ce Vampire qu’avait connu Raimbert. Il ne serait jamais un bon maître. Il tenterait simplement de rendre le sort de l’esclave moins désagréable s’il y arrivait. Il redoutait d’agir comme son propre Maître l’avait fait. Parce qu’il n’avait jamais rien connu de bon.

"Et le vôtre ? Voulez-vous en parler ?"

Non. Son regard se perdit un instant vers la chambre qu’il occupait depuis toujours. Tant en tant qu’esclave qu’en tant que maître. Sa main se porta lentement à son cou et il détacha habilement le collier de cuir qu’il portait presque en permanence. Son regard se perdit un moment sur les maillons de chaîne avant de se poser sur Raimbert.

« Eammon Searcy. Il était… cruel. À peine sortit de la boutique pour la première fois de ma vie qu’il m’a fait enfiler ça. La chaîne descendait jusqu’à mes genoux. Il m’a baladé en ville me tirant par cette laisse, tel un chien. Il m’a humilié. Frappé. Blessé. Violé. Il a fait ce qu’il voulait de mon corps et ma tête. Mes oreilles percées. Ma transformation. Il m’a fait vivre un véritable calvaire avant de réellement d’abréger mes souffrances. À mon réveil, j’avais espéré qu’il me traiterait tel un Vampire, un égal. Ça a été pire. Je pouvais supporter plus de douleur. Je guérissais plus rapidement. Il m’a tenu en laisse jusqu’à sa mort. Il m’a légué toutes ses possessions. »

Un Vampire ne mourrait pas. L’Humain devait le savoir, mais il ne mentionna pas le suicide de son Maître pour autant. Il n’entra pas non plus dans les détails. Raimbert n’avait pas besoin de savoir. Pas encore. L’Humain n’avait pas non plus besoin de savoir à quel point Searcy s’était montré désobligeant quand était venu le temps pour Garrett de maîtriser ses pouvoirs de Vampire. Comment il l’avait balancé dans une foule pour lui apprendre à ne pas s’immiscer dans la tête des pauvres Humains et des Hybrides. Comment il l’avait poussé à utiliser sa télékinésie jusqu’à la maîtriser parfaitement. Raimbert comprendrait peut-être mieux les raisons qui poussaient Garrett à ne pas apprécier les Créatures.
Son regard glacial quitta Raimbert pour se porter sur le collier qu’il avait toujours à la main.

« J’ai fait couper les maillons de ma laisse quelques temps après sa mort. Je n’ai jamais pu me départir du reste. Les Humains croient souvent à une lubie vestimentaire. Les Créatures aussi. Mais certains se rappellent de moi alors que j’étais Humains. Certains savent. »

Sa voix s’était faite moins glaciale l’espace d’un instant. Plus incertaine. Garrett soupira, tandis que son pouce caressait le cuir du collier qu’il semblait hésiter à remettre. En fait, il n’hésitait pas réellement. Il tentait vainement de retarder cet instant où la honte le gagnerait de nouveau lorsqu’il le passerait à son cou.

« Anthony Hopkins… c’est le Vampire qui a été arrêté, il y a quelques temps, non? » Il changeait de sujet, pour tenter de repousser l’inévitable moment où le collier regagnerait sa place. « Navré que tu aies dû quitter ton Maître. Tu semblais… l’apprécier. » Ces mots sonnaient étranges à ses propres oreilles.

Le Vampire fit jouer le collier entre ses doigts, les quelques maillons de chaîne cliquetant à chaque mouvement. Aurait-il été plus heureux avec un Maître comme Hopkins? Il n’aurait pas eu de laisse. Pas de chaîne. Son regard s’attarda sur Raimbert, sur son cou. C’était lui l’esclave et pourtant, Garrett avait l’impression qu’il était nettement plus libre que lui. Si sûr de lui, si libre, si fier était Raimbert.

« J’espère que tu ne m’en voudras pas trop de t’avoir acheté. À défaut de tenter d’être meilleur que Searcy, je ne serai jamais… exceptionnel. Ni parfait. Je risque de démolir la vision que tu as des Vampires. Mais j’apprécie le fait que tu ne trembles pas à chacun de mes mots. J’aurais aimé être capable d’un tel respect pour les Créatures. » avoua-t-il avant de s’enfermer de nouveau dans sa coquille de froideur, le collier toujours entre ses doigts. Remets-le Garrett. Plus tu attendras, pire ce sera.
Pourquoi le remettre?
Parce que tu ne dois pas oublier. Parce que tu n’es pas encore libre, dans ta tête…
 
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Dim 28 Oct - 15:28
Les mots venaient difficilement, comme arrachés à son être. Raimbert l'écouta sans l'interrompre, son regard du coin de l'oeil suivant ses faits et ses gestes. Sans son collier, le vampire avait l'air... nu. Perdu. Comme si la laisse qui y était attachée lui était encore nécessaire, comme s'il ne savait où aller. Ses gestes se faisaient moins décidés et son regard... son regard était hanté.

Eammon Searcy, un nom qu'il allait détester, il le sentait. Un fantôme qui, malgré sa mort, menait encore et toujours à la baguette celui qui aurait dû être son égal. Un cauchemar qui, loin de se limiter aux sombres nuits, assombrissaient jusqu'aux plus belles heures de sa vie. Un modèle atroce qui n'aurait jamais – jamais – dû être autorisé à devenir vampire.

Quel esprit inconscient l'avait transformé ? Ou pire encore, était-ce un natif qui avait mal tourné ? Raimbert n'était pas sans ignorer que certains de ses modèles, rendus fous par leur immortalité, maltraitaient leurs inférieurs sans états d'âme. Ils n'étaient qu'une négligeable partie du grand Tout qu'étaient les Vampires, mais ils existaient – et à son grand désarroi, il avait devant lui l'un de ces pauvres êtres torturés par eux : Garrett Searcy dont l'apparente façade glaciale ne semblait être qu'une fine pellicule de protection autour de son coeur à vif.

Alors il l'écouta, ne manifestant son intérêt que par de brefs hochements de tête. Garrett n'avait pas besoin pour le moment de plus qu'une oreille attentive. Avait-il déjà révélé ceci à âme qui vive par le passé ? L'humain était prêt à parier que non, que seul le silence avait été partagé avec ses pairs. La peur, la honte, l'humain pouvait les comprendre malgré, ou plutôt à cause de son passé. Il n'avait jamais partagé avec Sir Hopkins ce qu'était Ivan, le petit garçon qui vadrouillait, pieds nus, dans les flots tumultueux de la Terek à la recherche d'écrevisses – ce petit garçon à qui on avait tout volé. Raimbert avait juste enfoui cette partie de lui loin, bien loin de la surface et l'avait forcé au silence jusqu'à ce qu'elle se taise et qu'enfin il se considère comme en paix.

Le Vampire se tut après une tentative de changer de sujet que l'humain ne saisit pas. Il n'avait de toute façon pas envie de parler de ça – pas maintenant, pas ici. Garrett aurait pourtant voulu le lancer dessus, il le sentait, et lui donner une occasion de refermer cette parenthèse sur sa vie mais il s'y refusait. Qui savait quand son maitre oserait de nouveau baisser sa garde ? D'un geste souple, il tendit la main, paume ouverte, et parla d'une voix ferme.

"Donnez moi ça."

Sa main se referma sur le cuir épais du collier. Il tira – à peine – mais ressentit la résistance. Garrett ne voulait – ne pouvait pas lâcher si facilement ce qu'il était : un esclave dans le corps d'un vampire, un enfant blessé dans le corps d'un homme fort.

"Si j'étais Vampire, je déchiquetterais cette lanière en mille morceaux. C'est tout ce qu'elle mérite."


Jamais Garrett n'aurait dû être maltraité ainsi. Jamais. Il aurait dû être éduqué en douceur, tout comme lui l'avait été, de façon à devenir le jeune homme qu'il ne s'autorisait pas à être. Si un jour la laisse avait été nécessaire, il avait depuis longtemps obtenu le droit d'être son propre maitre. Encore aujourd'hui, il se promenait avec comme s'il devait être retenu, comme s'il devait être dressé, comme s'il... avait peur. De quoi ? Les mots sortirent fluidement, avant même qu'il ait pris conscience de ce qu'il avait réalisé.

"Vous n'êtes pas comme lui. Vous ne le serez jamais. Vous n'avez pas besoin de vous interdire de vivre de peur de sombrer à votre tour."


Il parlait sans s'arrêter, sans s'autoriser à réfléchir, d'une voix ferme qui résonnait dans le silence de mausolée qui les entourait. Etait-ce dans cette maison que le Vampire avait grandi, avait été blessé, avait été violé ? Il était prêt à parier que oui, en cet instant – prêt à parier que rien n'avait jamais changé depuis qu'il avait enfin été libéré. C'était une de ces intuitions qui vous prenait aux tripes et s'installait là, devenait une certitude et dont il fallait s'accommoder.

"Il est mort, Garrett. Mort. Et ce n'est qu'un morceau de cuir, rien d'autre. Vous n'avez plus à le porter."
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Dim 28 Oct - 22:04

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. L’Humain tendit la main, paume ouverte. Une lueur d’incertitude passa dans le regard bleu de Garrett au ton de voix ferme qu’employa Raimbert à son égard. L’espace d’un instant, il ne sentit que comme un pauvre esclave pris en faute.

"Donnez moi ça."

Avec lenteur, sa main s’approcha de celle de Raimbert, sans pour autant lâcher le collier. Il sentit que l’on tirait sur la lanière de cuir. Et pourtant… Il refusait de lâcher. Non. Il ne refusait pas, il en était incapable. Comme si son cœur risquait de mourir une seconde fois s’il venait qu’à lâcher le collier. De quel droit Raimbert se permettait-il de lui donner des ordres? De quel droit Raimbert se permettait-il de vouloir lui prendre cette… chose? Il veut mon bien. Pourquoi ai-je donc tant de mal à accepter son aide?

"Si j'étais Vampire, je déchiquetterais cette lanière en mille morceaux. C'est tout ce qu'elle mérite."


Garrett ne savait plus s’il devait se sentir offensé que l’on veuille détruite ce qui restait de la laisse qui le suivait depuis autant d’année… ou s’il devait en remercier Raimbert. Pourquoi Raimbert n’avait-il pas accepté de changer de sujet plutôt que de remuer le couteau dans la plaie? Cet Humain-là était suffisamment brillant pour comprendre des choses qui allaient bien au-delà des mots. Il avait saisi l’unique ouverture que Garrett lui avait offert concernant son passé trouble. Il s’immisçait dans cette toute petite faille qu’il avait laisser Garrett creuser. Et Garrett n’y avait même pas pris garde. Pourquoi? Parce qu’il était habitué de côtoyer des Humains qui n’osaient jamais s’aventurer sur ce genre de terrain.

"Vous n'êtes pas comme lui. Vous ne le serez jamais. Vous n'avez pas besoin de vous interdire de vivre de peur de sombrer à votre tour."

L’esclave n’y allait pas de main morte. Plus il parlait, plus Garrett sentait sa tête se courber. Plus il se sentait pris en faute. Plus il en oubliait que le Vampire dans cette maison, c’était lui. Garrett-Humain avait été trop blessé pour laisser Garrett-Vampire vivre pleinement.

"Il est mort, Garrett. Mort. Et ce n'est qu'un morceau de cuir, rien d'autre. Vous n'avez plus à le porter."

Si son cœur avait toujours battu, il aurait probablement été déchaîné. Garrett fit passer son regard du collier à Raimbert. Puis de Raimbert au collier.

« Je ne le retire presque jamais. » sa voix n’était qu’un souffle, qu’un murmure incertain. « Parce qu’une fois retiré, je sais que je devrai le remettre… Parce que je ne veux pas oublier. Parce que je ne veux pas être comme lui. Parce que… j’ai peur. »

Peur de cette vie. Peur d’exister. Peur de Searcy, même mort. Sa main saisit doucement le poignet de Raimbert qui tenait une partie du collier. Sous ses doigts froids, il sentait la chaleur dégagée de l’Humain. Il s’attarda un court instant ainsi avant de lâcher la lanière de cuir.

« Ne le perds pas… Je… je finirai probablement par le remettre dans quelques heures. Avant que cette peur ne me tue… »

Il relâcha finalement le poignet de l’Humain avant de se laisser retomber au sol, le dos appuyer contre la rambade, les yeux clos. Mais qu’est-ce que je viens de faire? Mon Humain est en train de me dicter ce que je dois faire… et mon Maître va être dans une colère noire… Non. Il est mort. Garrett, il est mort, il ne reviendra pas, tu le sais. Respire. Il prit une profonde inspiration. Qu’était-il, sans sa laisse, sans son collier? Il expira. Le Vampire répéta ce manège à deux reprises avant de rouvrir les yeux. Son regard se porta sur son poignet où se trouvait le bracelet assorti au collier. Il n’osa pas le détacher, de crainte de ne pouvoir le remettre par la suite. Si Raimbert le voulait, il n’aurait qu’à le détacher lui-même.

« Je me sens… pitoyable. »

Il passa de nouveau sa main à son cou, s’étonnant encore de ne pas y sentir le cuir dont il avait l’habitude. Il se sentait complètement nu. Nu et fragile. Comme si Raimbert venait de briser son masque de glace, comme si on lui avait volé son identité. Une crainte sourde lui donnait l’impression que le fantôme n’hésiterait pas à venir le hanter s’il ne remettait pas de suite son collier. Mais c’était Raimbert qui l’avait… Le Vampire n’avait qu’une envie et c’était de lui redemander son collier… déjà…

« Si tu savais à quel point ce n’est pas qu’une simple lanière de cuir à mes yeux… » soupira-t-il faiblement. « Ne me laisse jamais te briser, Raimbert. »

Cet Humain-là, même s’il ne l’avouait pas, il y tenait déjà beaucoup. Il était le premier à oser lui prendre son collier. Et il n’avait pas demandé. Il avait exigé. Garrett ne comprenait toujours pas comment il s’y était pris pour le convaincre de céder. Ni comment il récupérerait le tout.

« Ce que je t’ai raconté… tu es le seul à en savoir autant. Du moins… à l’avoir appris de ma bouche. » Ne va pas tout raconter à tout le monde… même si plusieurs savent probablement ce que j’ai pu endurer. Par déduction ou non… « J’ai besoin d’un café. Tu en veux? »

Il avait surtout besoin de s’occuper. Garrett se releva et descendit au rez-de-chaussée sans même attendre la réponse de Raimbert. Des armoires de la cuisine, il en sorti deux tasses et mit l’eau dans la cafetière avant d’ouvrir le paquet de café qu’il avait acheté la veille, en même temps que tout le reste. Machinalement, il prépara le mélange pour les deux tasses. Une fois la boisson prête, il la vida dans chaque tasse, en déposant une sur la table, à l’intention de Raimbert. Lui-même vint s’asseoir à la table, juste en face de la tasse qu’il venait de déposer. Ses mains tenant sa tasse comme s’il tentait de les réchauffer.

« Tu disais tout à l'heure que si tu avais été Vampire, tu aurais déchiqueté mon collier... Tu n'aimes pas ta vie d'Humain? »  
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Mar 30 Oct - 19:20
Le cuir était froid dans sa main - mais moins que les doigts qui se refermèrent sur son poignet. Raimbert resta inflexible malgré cette poigne qui aurait pu aisément lui briser les os sur un simple caprice. Il n'agissait que pour le bien de son maitre, il n'avait rien à craindre de lui - la pensée que cela lui déplaise ne l'effleura même pas. Le contact ne dura pas cependant, Garrett lâchant enfin prise sur l'objet honni. L'humain cacha la bande au creux de sa main avant de la mettre dans la poche arrière de son pantalon. Loin des yeux, loin du coeur comme l'on disait.

« Je me sens… pitoyable. »


Raimbert ne répondit rien. Comment aurait-il pu répliquer à cela sans tomber du coté du jugement ou de la pitié ? Après tout, lui avait été bien traité par les vampires ; dire qu'il comprenait totalement la peur de Garrett aurait été mentir. Il ne pouvait que l'approcher, car s'il avait été maltraité étant jeune il n'avait jamais eu peur de sombrer dans les mêmes travers - comment l'aurait il pu alors qu'il était guidé par les Créatures ? Au lieu de mots, il se contenta de gestes, mettant un genou à terre pour se retrouver à la hauteur de son maitre qui avait l'air de se débattre avec ses vieux démons.

« Ne me laisse jamais te briser, Raimbert. »


"Je n'y compte pas, Garrett."

Il avait confiance. Garrett ne lui ferait pas de mal parce qu'il n'avait pas de raison de lui en faire - c'était une raison suffisante pour avoir confiance.

« Ce que je t’ai raconté… tu es le seul à en savoir autant. Du moins… à l’avoir appris de ma bouche. »

L'humain acquiesça, scellant par là même le secret qu'on lui avait confié. Nul n'en entendrait parler par sa bouche, il s'en assurerait. Il s'interrogeait néanmoins sur ces autres qui l'auraient appris autrement. L'avaient il appris à posteriori ? Ou pire encore, en même temps que ces actes avaient été commis ? Si c'était le cas, pourquoi n'avaient ils pas agi ?

Un café n'était pas de refus après toutes ces émotions. Calmement Raimbert prit la suite de son maitre, lui laissant tout le temps de se refaire une contenance s'il y avait besoin. Voyant que celui-ci avait l'air de parfaitement gérer la confection du café et se doutant qu'il ne serait qu'une gêne dans ses pattes tant qu'il n'aurait pas pleinement investi les lieux, il prit place à la table. Une tasse chaude apparut comme par magie devant lui, suivie de sa jumelle en face. Il le remercia avant de le sucrer à son goût – un petit sucre, sa gourmandise ayant des limites.

« Tu disais tout à l'heure que si tu avais été Vampire, tu aurais déchiqueté mon collier... Tu n'aimes pas ta vie d'Humain? »  


La question méritait réflexion. Il prit le temps de touiller son café pour réfléchir et, d'une chiquenaude, de chasser la dernière goutte de café du creux de sa cuillère avant de parler.

"Je pensais que je n'en avais pas la force en tant qu'humain en fait, en disant cela... mais ce n'est pas tout à fait faux. Ni tout à fait juste."

Du bout des lèvres, il alla tester le café. Brûlant mais l'amertume qui lui coulait le long de la gorge le valait bien. Sa tasse redescendit puis s'arrêta à mi hauteur, confortablement calée au creux de deux mains solides. Elle le réchauffait, lui qui se perdait dans de froides réflexions – pas désagréables, juste froides.

"Être humain c'est... un début. C'est l'occasion de grandir, de se forger, de s'améliorer... mais c'est limité. On arrive forcément à un moment à avoir envie d'agir, de faire ou même d'être et là, on se heurte à la supériorité des Créatures. Vous avez les pouvoirs, vous avez les compétences, vous avez tout – vous êtes tout. Les humains ne sont qu'un rêve fugace qui ne dure qu'une vie là où vous avez toute l'éternité."

D'un haussement d'épaule couplé à un rictus en biais, il exprima l'idée que c'était ainsi et tant pis. Ni honte ni reproche ne se lisait dans son langage corporel : ce n'était qu'un fait comme un autre et nul ne pourrait rien y changer.

"Sir Hopkins m'avait promis de me transformer à 30 ans, que je laisse moi aussi ma marque sur le monde au lieu de vivre et disparaitre de la vie, puis même des mémoires."
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Mer 31 Oct - 0:07

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. L’Humain ne l’avait pas jugé. Du moins, il n’en n’avait démontré aucun signe. À vrai dire, Garrett s’en fichait un peu. Il avait l’air parfaitement pitoyable et il le savait. Il n’y avait sûrement pas de quoi être fier. Pour autant, il apprécia que l’esclave ne le prenne ni en pitié, ni ne prenne le temps de se moquer. Mieux encore, il avait assuré au Vampire qu’il ne le laisserait jamais le briser. Cette pensée rassura le Transformé. Il avait acheté un esclave docile pour éviter tout… débordement potentiel de personnalité, mais Raimbert semblait suffisamment intelligent pour ne pas provoquer inutilement un incident. Et si l’Humain veillait à ne pas se laisser briser, Garrett se sentait plus à l’aise de l’avoir à proximité. C’était l’une des raisons qui l’avait longtemps poussé à repousser l’achat d’un Humain. En plus de ne pas vouloir nécessairement encourager l’esclavage.

Il écouta attentivement l’Humain lorsqu’il commença à parler. La « supériorité des Créatures ». Il idéalise vraiment toutes ces races qu’il juge supérieures aux Humains. Si seulement tu savais à quel point la vie d’une Créature n’est pas aussi merveilleuse que ce que tu l’imagines. Les contraintes humaines disparaissent, mais d’autres apparaissent… Et pourtant, à l’entendre parler, même Garrett en venait à trouver belle cette façon de penser qu’avait l’esclave. C’était idéalisé, mais c’était beau.

"Sir Hopkins m'avait promis de me transformer à 30 ans, que je laisse moi aussi ma marque sur le monde au lieu de vivre et disparaitre de la vie, puis même des mémoires."

Ainsi, en plus de perdre un Maître qu’il avait apprécié et aimé, il avait perdu ce rêve de devenir un Vampire à son tour. Garrett porta sa tasse à ses lèvres et souffla quelques secondes sur le café brûlant avant d’en boire une infime gorgée. Il avait sous-estimé ce que Raimbert avait perdu. À perdre Hopkins, il était condamné à vivre éternellement Humain, sauf si quelqu’un d’autre acceptait de le transformer.

« J’ai aussi des limitations en tant que Vampire. Je n’aime pas me glisser dans la tête des Humains pour savoir ce qu’ils pensent. La télékinésie est pratique, mais pas essentielle. Je ne peux pas profiter du soleil en dehors du dôme de la ville. Je suis plus fort et plus rapide, mais à quoi bon, dans un monde d’Humains? »

Il ne voyait peut-être pas les avantages de ses capacités parce qu’il s’y refusait depuis trop longtemps. Ou parce qu’il n’avait jamais eu besoin de pleinement les utiliser. Il soupira. Garrett bu une nouvelle gorgée de son café. Il y avait longtemps qu’il n’en n’avait pas bu. Des années. La cafetière était nouvelle. Mais boire ce breuvage chaud en présence de quelqu’un lui faisait étrangement plaisir. Bien plus que le café lui-même.

« L’éternité est une chose… déstabilisante. J’ai « à peine » 70 ans et pourtant… je sursaute encore en me voyant dans un miroir. Ne pas changer, ne pas vieillir… c’est… étrange. Ton esprit change. Mais pas ton corps. C’est… difficile à expliquer. J’ai un corps jeune et pourtant, j’ai l’impression d’être un vieillard. J’ignore si les Natifs ont… ce genre de vision d’eux-mêmes… Mais quand je pense que je pourrais être ton grand-père alors que j’ai l’air d’avoir ton âge… C’est… perturbant. »

Garrett reposa sa tasse sur la table. Il pinça les lèvres un instant, se raclant la gorge et passant une main sur son cou. Se mettait-il à parler davantage rien que parce que le collier n’était plus à son cou? Qu’une pression semblait l’avoir quitté? Ou parce que parler lui faisait oublier cette peur qui lui rongeait les entrailles? Raimbert avait rangé la lanière de cuir dans la poche arrière de son pantalon. Il devrait la lui demander pour la récupérer… Baissant les yeux un instant, il concentra son regard sur le liquide fumant dans sa tasse.

« Réfléchis bien à cette transformation, Raimbert. Tu devras mourir pour l’obtenir. Ce n’est pas rien et c’est loin d’être plaisant. Si… tu es toujours avec moi à tes trente ans et que tu veux vraiment être transformé… nous en reparlerons à ce moment. »

Il n’aimait pas cette idée. Il ne comprenait pas non plus ce désir. Mais après tout, lui-même ne s’était-il pas laissé transformer et séduire à l’idée de devenir Vampire, au départ? Tuer Raimbert. Rien que cette pensée lui donnait la chair de poule. Cela laissait encore quelques années à l’Humain. Aurait-il réellement le courage de tuer si finalement il accordait un jour cette transformation à son esclave? Garrett n’en savait rien. Mais dans tous les cas, Raimbert ferait un meilleur Vampire que lui-même.

Son regard se porta de nouveau sur l’Humain, s’attardant un instant sur la cicatrice qui barrait son sourcil. Lui aussi avait vécu sa part de malheurs. Lui aussi avait souffert… et probablement pas qu’un peu. À sa hanche, avait-il aussi une cicatrice suite à coup de poignard? Raimbert n’avait pas eu une vie plus rose que la sienne. Comment pouvait-on poignarder un enfant pour le livrer en pâture à un Vampire?

« Et toi, tu veux me parler de ce qui se passait là-bas, en Russie? Toi aussi, tu as probablement tes vieux démons qui te hantent. J’ai encore du mal à croire qu’on ait pu… te poignarder rien que pour distraire un Vampire. C’est… cruel. Barbare. Je ne croyais pas les Humains capables de ce genre de chose. »

Il idéalisait peut-être trop le genre Humain… comme Raimbert avec les Créatures. Au moins, l’Humain n’avait pas sembler porter Eammon Searcy dans son cœur. S’il avait fallu que son propre Humain approuve ou défende le comportement de ce Vampire, Garrett aurait été bien embêté.
Il se sentait déjà suffisamment mal à l’aise rien qu’à l’idée de lui avoir abandonné son collier. Pourquoi avait-il cédé? Le ton autoritaire? Son envie de ne pas le remettre? La surprise? Le Vampire n’en savait encore trop rien, mais il devait faire d’énormes efforts pour ne pas le lui demander à le ravoir. Il n’osait pas aller le chercher lui-même dans la poche du pantalon de l’esclave. Et oserait-il réellement endurer l’humiliation de lui demander les reliques de sa laisse? C’était presque aussi gênant que de devoir la remettre. Garrett ne cessait de porter sa main à son cou entre deux gorgées de café.

« Ta hanche te fait parfois encore souffrir, pas vrai? Les cellules ont tendance à mémoriser leur douleur. Et même quand la plaie est soignée, les cellules n’arrivent pas à oublier cette sensation. »

Tu auras toujours cette petite douleur lancinante pour te rappeler la cruauté des tiens, Raimbert. Tu ne pourras jamais oublier, toi non plus. Garrett, laissant sa tasse à moitié entamée sur la table, se leva et retourna dans la cuisine. Il sortit d’un placard une petite boîte qu’il prit et qu’il ramena dans la salle à manger, la déposant sur la table. Il la déposa entre Raimbert et lui, l’ouvrant par la même occasion. La boîte contenait quelques pâtisseries qu’il avait acheté la veille. Elles n’étaient plus aussi fraîches, mais elles n’étaient pas non plus périmées. Quelque chose de sucré et doux réconforterait peut-être l’Humain. Privé de son collier, il avait perdu une certaine façade de lui-même et il ne semblait plus savoir sur quel pied danser, en présence de Raimbert. Il avait perdu de sa froideur sans pour autant être chaleureux. Il était plus indécis. Plus incertain.         
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Mer 31 Oct - 21:34
Un vampire qui avait du mal avec sa propre nature ? Sourcils froncés, Raimbert essaya de s'accoutumer à l'idée. Jamais encore un vampire ne lui avait fait de telles confidences - c'est à peine si Sir Hopkins lui avait parfois confié trouver le temps long. Il n'avait jamais vu l'éternité comme un fardeau mais au contraire comme une chance - celle d'accomplir tous ses potentiels, celle de réaliser tous ses rêves. Vieillir au jour le jour en gardant toujours le même visage, il n'y voyait pas de problème. Après tout, ne serait-ce pas le cas de tous ceux qu'ils connaitraient, éternels ephébes tenant au creux de leur main le monde ?

Quant à mourir, il ne se leurrait pas. Il savait qu'il devrait y passer tôt ou tard et préférait que cela soit fait sans douleur, rapidement. Après... La mort était affaire de secondes là où la vie était de Vampire était celle de siècles. Au moins ne reposerait-il pas sous terre comme sa soeur Svetlana, pauvre être humain oublié de tous, caché sous une pierre où seul le ciel déverserait ses larmes.

Il acquiesça de la tête, se promettant de réfléchir à tout cela à tête reposée mais se réjouissant malgré tout de ce qui semblait être un semblant de promesse. Devenir vampire était encore possible - s'ils étaient encore ensemble dans quelques années, ce dont Raimbert ne doutait pas. Après tout, pourquoi Garrett se séparerait-il de lui ? mais son coeur se serra en se rappelant qu'il avait également pensé cela de Sir Hopkins. L'avenir était fait de chausse-trappes, rien ne servait de voir trop loin...

Fort heureusement, Garrett coupa court de suite à ses idées sombres en lui posant une nouvelle question. Raimbert cilla, essayant de ne pas paraitre désarçonné - en vain. Drôle de Vampire que celui-ci qui essayait de le reconnecter à son passé là où tous lui demandaient de se centrer sur le présent !

"Ca va, vraiment."

Sa main se replia en crabe sur son coté alors que Garrett lui parlait de sa hanche blessée. Comment avait-il su ? Ah, ce bon vieux réflexe... Raimbert souffla du nez, amusé d'être aussi clairement lisible pour ce tout jeune vampire.

"Oui, ça fait encore parfois mal. Mais tant que j'ai mal, c'est que je suis vivant.
"

Il n'y avait que les morts pour ne plus souffrir après tout alors Raimbert essayait de voir la chose du bon coté. La douleur, autrefois si aigue, s'était adoucie au fur et à mesure des années jusqu'à devenir une compagne encombrante mais supportable. C'était bien peu à supporter compte tenu de ce qu'il avait traversé par le passé.

"Et puis ça me rappelle que les humains peuvent être cruels aussi. C'est une leçon que j'ai appris dans mon corps autant que dans mon âme."


Garrett se releva pour aller chercher des patisseries ; l'Humain en profita pour finir son café d'un trait. Amer et brulant - ça aussi, ça le ramenait à maintenant. Il hésita un instant pour finalement trancher, un haussement d'épaule marquant sa décision. Bah, qu'y avait-il de mal à parler du passé après tout ? Il avait depuis longtemps tourné la page. Il commença à parler, cherchant les mots justes.

"Je n'en garde pas beaucoup de souvenirs à proprement parler, surtout des sensations ou des images. La sensation d'être transporté comme un sac de pommes de terre les premiers temps, pieds et poings liés, pour ne pas m'enfuir. Des cris dans la nuit. Le reflet du feu sur une lame d'acier. La terreur alors qu'on ne peut rien faire d'autre que subir..."


Son épaule gauche l'élançait par à coups. Du bout des doigts de la main droite, il vint la masser. Qu'avait dit Garrett déjà ? Que les cellules se souvenaient... Sa tête aussi, parfois, même s'il aurait voulu oublier.

"La douleur. Et le dégout. Beaucoup de dégout."


D'avoir dû se laisser faire. De ne pas avoir assez résisté. D'avoir cédé. De la main, il repoussa la boîte vers Garrett avec un sourire désolé. L'appétit lui était coupé pour le moment, peut-être reviendrait-il plus tard.

"Que voulez-vous savoir de plus ?"
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Jeu 1 Nov - 22:23

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. "Oui, ça fait encore parfois mal. Mais tant que j'ai mal, c'est que je suis vivant."

Raimbert avait semblé amusé de s’être fait si rapidement prendre la main dans le sac… ou la main sur la hanche.

« Ta main. Elle s’est posée sur ta hanche tout à l’heure quand tu en as parlé. C’est le genre de truc que l’on apprend à observer à force de soigner des gens. »

Apprendre à voir au-delà des mots. Searcy avait peut-être été un Vampire cruel avec Garrett, mais il avait été doué pour soigner ses patients. La seule chose que le jeune Vampire pouvait réellement apprécier d’avoir passé toutes ces années avec cet homme, ça avait été d’apprendre bien plus que s’il était resté un simple esclave avec quelques compétences en soins. Faire médecine ne l’avait jamais intéressé, mais ses « élèves » avaient une bien meilleure base que lui-même à l’époque de ses cours au Centre.

"Et puis ça me rappelle que les humains peuvent être cruels aussi. C'est une leçon que j'ai appris dans mon corps autant que dans mon âme."

Des propos difficiles à entendre. Mais ce n’était pas tout à fait faux. À avoir été poignardé par les siens, Garrett avait moins de mal à s’imaginer à quel point Raimbert pouvait ne pas apprécier ses semblables. Le Vampire se contenta d’acquiescer, évitant soigneusement de rappeler par la même occasion à l’esclave que la plupart des Humains étaient bons. La même morale s’appliquait probablement aux Créatures. Non. La même morale s’appliquait aux Créatures aussi. Garrett le savait, il refusait simplement d’y croire entièrement.

Lorsque l’esclave commença à lui parler de ses souvenirs, le Transformé l’écouta sans l’interrompre. Pieds et poings liés. Transporté. Cris. Lame. Terreur. Garrett y perdit une bonne part de ce qui lui restait de froideur au niveau de son visage. On pouvait y distinguer un mélange entre la désolation et la surprise.
L’épaule gauche de Raimbert. Là aussi une vieille plaie le faisait souffrir, apparemment. Il avait minimisé la provenance de ses cicatrices à la boutique. Volontairement ou pas? Jusqu’à quel point les Humains avaient marqué son corps?

"Que voulez-vous savoir de plus ?"

L’Humain n’avait pas non plus touché aux pâtisseries. Garrett avait touché une corde sensible, apparemment. Et il en comprenait parfaitement la teneur. Les Humains l’avait fait tellement souffrir, ce pauvre Raimbert. Je comprends qu’il veuille devenir Vampire. Se déconnecter de cette vie Humaine… Le Russe avait de la chance de ne pas réellement garder de souvenirs de cette époque sordide. Peut-être avait-il été trop jeune pour cela. Ou peut-être avait-il réussit à réellement les enfouir, ces souvenirs, quelque part, dans un coin de son esprit…

« Tu n’étais qu’un enfant… » souffla-t-il, essayant encore de comprendre comment les Humains pouvaient en arriver là. Les Libres. Pas tous les Humains. Les esclaves étaient bons, pour la plupart. « Tout cela parce que nous les pourchassons pour les balancer dans ce système d’esclavage. » Nous. Les Créatures. Il bu une nouvelle gorgée de café avant de reposer sa tasse. « Je suis désolé que tu aies enduré tout cela, Raimbert. Tu n’aurais jamais dû souffrir à ce point… jamais. »

La cruauté n’avait donc aucun frein en ce monde? Son poing se serra. Son visage se referma. La cruauté n’aurait jamais de fin. Jamais de frein. Garrett se leva de nouveau, portant sa main à son cou pour saisir les maillons de son collier avant de réaliser pour une énième fois qu’il n’avait plus rien au cou. Laissant échapper un court soupire d’agacement, il se contenta de contourner la table pour venir se placer debout, derrière l’esclave.

« Tu m’en as déjà dit beaucoup. Et je suis désolé de t’avoir fait revivre ces quelques souvenirs. Tu m’as demandé ce que je voulais savoir… Mais je ne veux rien savoir de plus que ce que tu accepteras de me dire. Que cela soit aujourd’hui ou plus tard si tu t’en sens capable un jour. »

Garrett ne lui avait pas tout, pas tout décrit. Raimbert non plus, probablement. Il gardait sûrement plus de souvenirs que ce qu’il venait de l’admettre. Mais le Vampire n’insisterait pas. Son Humain avait droit à ses secrets. Il posa sa main sur l’épaule gauche de Raimbert et y appliqua une légère pression, ses doigts massant l’endroit que l’Humain avait touché un peu plus tôt. S’il y allait avec précaution, il était aussi prêt à arrêter si l’esclave le lui demandait. Ses doigts étaient agiles, guettant chaque tension, chaque spasme, chaque réaction chez l’esclave. Garrett, de toute façon, ne pouvait rien faire de plus. Et ce, sans savoir si cela aiderait réellement l’Humain.

« Les jours où tu auras trop de mal, ne te tue pas à la tâche pour cette maison. La poussière ne se sauvera pas. » Les jours de pluie ou d’humidités étaient souvent les pires pour les vieilles blessures. Il était capable d’entretenir la maison lui-même, au besoin. « Je ne peux pas faire grand-chose pour tes vieilles blessures. Mais je peux en masser les cicatrices si tu as besoin. Elles sont anciennes, mais à les travailler un peu, elles pourraient devenir moins tendues. » souffla-t-il, concentré sur les mouvements réguliers de ses doigts sur l’épaule de l’esclave.

Il trouvait étrange d’avoir de la compagnie dans cette maison qui était restée vide depuis si longtemps. Et plus étrange encore que cette compagnie soit un Humain. Son Humain. Garrett avait l’habitude du silence dans cette maison. Du moins, depuis la mort de son Maître. Parler autant et avec une telle liberté lui faisait du bien.
Il glissa son autre main sur la nuque de Raimbert avec un faible « Pardon pour mes mains froides. », y appliquant quelques pressions en continuité du travail qu’effectuait son autre main. Le Vampire n’avait pas massé depuis longtemps, mais il prenait plaisir à sentir la chaleur que dégageait le corps de l’Humain sous ses mains. Ses doigts étaient moins frais lorsqu’il venait tout juste de se nourrir, mais Raimbert devrait les endurer ainsi pendant un certain temps. Il ne se presserait pas de se nourrir pour autant.

« Quel genre de danses as-tu apprise, Raimbert? J’ignorais que monsieur Hopkins appréciait ce genre de divertissement. Enfin, de toute façon, ce n’est pas un Vampire aussi insignifiant que moi qui aurait pu rencontrer cet homme. À part ce qui se disait dans les médias, je n’en sais pas grand-chose sur lui. »

Il avait été arrêté. Jugé. L’affaire avait fait parler un moment parmi les Vampires. Si Garrett ne s’en était pas beaucoup soucié, cela ne l’avait pas empêché d’écouter les commérages.              
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Jeu 1 Nov - 23:24
« Tout cela parce que nous les pourchassons pour les balancer dans ce système d’esclavage. »

"Ne dites pas cela. Ils auraient juste trouvé une autre excuse pour me causer du tort. C'est ce système qui m'a au contraire sauvé la vie."


Il se sentait obligé de rassurer son maitre, si déconfit en cet instant. Maintenant que son masque de glace avait glissé, il semblait si jeune, si désarmé - si peu apte à lutter contre la cruauté de ce monde. Peut-être était-ce dû au fait qu'il ne cotoie pas d'humain quotidiennement mais uniquement des Créatures ; il était facile d'oublier comme le monde pouvait être laid lorsqu'on ne fréquentait que le meilleur. A ses excuses, l'humain ne répondit que par un sourire assorti d'un mouvement de la main signifiant qu'il en avait vu d'autres. Le passé était le passé, nul besoin de s'excuser à ce sujet ci. Et puis, c'était ce passé qui l'avait mené ici et maintenant - n'était-ce pas une belle revanche sur la vie ?

Garrett se releva et contourna la table pour venir dans son dos. Curieux mais poli, Raimbert le suivit du coin de l'oeil sans pour autant vraiment tourner la tête. Que lui voulait-il ? Ses doigts ne tardèrent pas à le renseigner, palpant puis massant l'épaule. La douleur fut intense une courte seconde, à la hauteur de sa surprise, avant de se résorber lentement. Sous les doigts de fée de son maitre, Raimbert se sentait fondre.

Il tourna la tête de façon à lui montrer le sourire qui éclairait son visage puis pencha légérement la tête afin de mieux libérer l'accès à son épaule. Il en fut récompensé par un contact au niveau de la nuque, frais mais pas désagréable, tandis que le Vampire continuait son travail de massage. Un frisson lui parcourut l'échine - frisson de plaisir : il appréciait grandement l'expérience. Craignant que le vampire ne le prenne pour un frisson de dégout ou de peur, il releva la main droite et vint la placer sur celle qui lui massait la nuque, l'encourageant à rester là, poigne chaude sur pince de crabe froide.

"Je ne garde pas que de mauvais souvenirs, ne vous en faites pas. Je revois mes soeurs par exemple. Enfin, mes demi-soeurs. Velmira et Macha, deux insupportables teignes, prêtes à tout pour me voler ma ration du jour. Elles avaient toujours faim, toujours, et elles piaillaient comme des moineaux pour avoir plus. Velmira avait appris à grimper aux falaises pour voler les oeufs des oiseaux-roches et elle revenait à la fin de la journée, de la coquille grise sur le col et les lèvres encore collées du blanc. Macha chassait les champignons, elle raffolait des bolets. Je me rappelle..."

Depuis combien de temps n'y avait-il pas songé ? Raimbert ne savait pas. Tout ce qui appartenait à sa vie de libre datait d'avant et avant n'était pas indispensable. Les vampires n'avaient pas eu à lui apprendre : il le savait déjà à son entrée en centre. Son clan pensait ainsi - et pour cette raison même, il ne mentionna pas sa troisième soeur, Svetlana, tuée d'une pneumonie alors qu'elle sortait à peine des jupes de sa mère. Ce qui était passé etait passé et nul besoin de s'en attrister, songea-t-il alors que les doigts couraient le long de sa nuque et de son épaule.

"Je crois que je n'ai vraiment commencé à les aimer qu'après les avoir perdues."

C'est dit avec un léger sourire - mais une réelle tendresse. Une fois loin d'elles, les mauvais cotés semblaient bien dérisoires face à leurs gestes de tendresse. Il se souvenait encore de la fois où Macha lui avait apporté en secret ces immenses langues-de-boeufs rougeâtres alors qu'ils étaient à court de nourriture, lui expliquant comment macher et remacher la pulpe durcie pour que son estomac ait l'impression d'être empli. Velmira, elle, aimait lui tresser les cheveux lorsque la nuit tombait, en otant les bardanes égarées d'un pincement sec du bout des doigts. D'un geste inconscient, Raimbert attrapa entre ses doigts libre une méche vagabonde et la lissa, tira dessus pour se rappeler la sensation du nattage.

- Je les imagine mères des fois. D'insupportables grosses femmes qui crieraient sur leurs enfants, leur mettraient la fessées ou embrasseraient leurs larmes lorsqu'ils se sont fait mal. Je suis certain qu'elles auraient la main leste - et je suis tout aussi certain que leurs enfants les aimeraient quand même. Qu'ils parleraient de leurs yeux verts, de ces fossettes au creux de leurs joues ou de leurs goût pour les insultes à base d'excrément.

Il rit - et son rire était comme une cascade, fluet et intensément vivant, un rire non dénué de regret. Que penseraient elles de lui si elles le voyaient désormais, aux mains d'un de ces vampyrs tant redoutés ? Pourraient elles même le voir ? Peut-être y'avait il plus d'une tombe grise sur la route désormais - ou peut-être y'avait il eu plus d'un enfant arraché à son clan. L'idée lui arracha une grimace puis un profond soupir alors qu'il revenait à ici et maintenant. Aux questions de Garrett...

"J'ai pris des cours de danse rythmique et de danse classique. Je suis maitre en matière de valse si cela vous dit..."

De nouveau, un petit rire mais cette fois ci dénué de regret. Il s'imaginait déjà valsant avec Garrett, sa main posée sur sa hanche et les pas s'enchainant au gré des notes de musique. Oui - et ses yeux se fermèrent à demi tandis qu'il visualisait la scène, eux deux liés par leur étreinte tels deux naufragés seuls au monde, perdus au sein de l'immensité de la mélodie à trois temps.

"Puis-je vous proposer une danse, ô mon maitre ? Je vous assure que je serai doux pour une première fois~"
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Ven 2 Nov - 21:35

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. "Ne dites pas cela. Ils auraient juste trouvé une autre excuse pour me causer du tort. C'est ce système qui m'a au contraire sauvé la vie."

Garrett ne pouvait pas le contredire. Ce système avait probablement sauvé la vie de Raimbert. Sans cela, il serait probablement mort là-bas, en Russie, aux mains de ces Humains. Ou même sous les crocs d’un Vampire affamé. Après tout, la monnaie régissait toujours le monde et un jeune adolescent restait une belle prise. Encore assez malléable pour être soumis, et encore assez jeune pour être vendu à bon prix.

« Hm. Peut-être. Peut-être pas. Entre la peur et la faim, j’imagine que l’Humanité perd ce qu’elle a d’humain… » il eut un faible soupire. « Remarque, ce n’est pas moi qui ai fait la guerre aux Humain, je suis né esclave. Et même en tant que Vampire, je ne peux les aider sous peine de retourner à cet état. J’ai suffisamment donné de ma soumission. Aussi ironique que cela soit, je n’apprécie pas beaucoup ce système. »

Ne travaillait-il pas dans un Centre d’esclavage? L’ironie de travailler dans un endroit où ce système était entretenu. L’ironie de croire que pour survivre à cette vie, il faut être docile…
Même s’il l’avait voulu, Garrett ne pouvait rien pour les Libres. Pas au risque de perdre sa propre Liberté et finir de nouveau avec une véritable laisse autour du cou. Cette Liberté, il l’avait payée bien trop chère pour la perdre. Si on pouvait réellement parler de Liberté… L’espace d’un instant, il avait presque oublié l’existence de son collier. À force, Raimbert finirait peut-être par réellement le convaincre de ne plus jamais le remettre.

Lorsqu’un frisson parcouru l’esclave, Garrett faillit retirer ses mains presque aussitôt. La dernière chose qu’il souhaitait, c’était de blesser ou de mettre mal à l’aise son Humain. Il savait que les premières secondes de ce type de manipulations étaient souvent désagréables, voire douloureuses. Il l’avait senti se crisper quelques instants, mais ce frisson venait plus tard. Trop tard pour que cela soit les relents de cette douleur. La main de Raimbert l’empêcha de retirer les siennes, ou du moins, le convainquit de ne pas les retirer. L’espace d’un instant, il avait craint d’avoir mal agi. Rassuré, il poursuivit, toujours aussi doucement, son massage, laissant ses doigts vagabonder sur cette épaule. Parfois, son autre main qui s’était attardée sur la nuque glissait sur l’autre épaule. Elle n’avait peut-être rien, mais puisque l’Humain ne semblait détester ce traitement, pourquoi se priver? Malgré les vêtements qui coupaient la chaleur corporelle de Raimbert, Garrett en profitait malgré tout un peu. La sensation était agréable sous ses doigts.

L’Humain lui raconta avoir eu deux sœurs. Ou demi-sœurs, comme il corrigea quelques instants après en lui racontant un peu la manière dont elles et lui vivaient à cette époque. De vraies pestes, et pourtant, il semblait clair que Raimbert regrettait cette famille.

"Je crois que je n'ai vraiment commencé à les aimer qu'après les avoir perdues."

« Tu les as toujours aimées, Raimbert. Tu ne l’as réalisé qu’après les avoir perdues. » lui souffla-t-il, ses mains arrêtant un instant de masser les épaules de l’esclave. Il se contenta d’appliquer une légère pression, comme l’aurait fait une personne pour en rassurer une autre. Une simple pression amicale et réconfortante. Du moins, le plus que Garrett arrivait à offrir. Puis, lentement, ses mains reprirent là où elles s’étaient arrêtées. Lorsque l’esclave lui avoua imaginer ses sœurs en mères, Garrett se prit aussi au jeu, tentant d’imaginer des demoiselles aux allures de Raimbert, grosses et en robe. L’image, terriblement étrange et hilarante, failli lui tirer un sourire. Raimbert, cet esclave, il finirait bien par mettre à nu complètement le Vampire qu’il était, s’il continuait dans cette lancée!

Et ce rire que lui offrit l’Humain…
Ce rire n’avait pas de prix. Agréable et doux aux oreilles. Garrett l’aurait écouté longtemps. Il entendait souvent les futurs esclaves de son Centre rire entre eux… mais avec Raimbert, c’était différent. La maison lui semblait plus agréable, sous ces notes joyeuses. Depuis quand ces murs n’avaient-ils pas entendu un rire?

« Tu as eu une chance incroyable d’avoir malgré tout cela, une famille. Des sœurs en plus. J’espère qu’elles auront eu plus de chance que toi. »

Sans l’avouer, il en doutait. Une femme Libre ne devait pas être beaucoup plus libre qu’un esclave… Mais il n’osa pas pousser sa réflexion plus loin, ne voulant surtout pas gâcher la bonne humeur de Raimbert. Le Russe lui exposa finalement le type de danse qu’il avait appris. Rythmique et danse classique. Garrett n’y connaissait pas grand-chose en danse, il devait l’avouer, mais il trouvait intéressant que Raimbert en sache autant. Un Maître en matière de valse… Il devait être beau à voir, Raimbert, dans ses danses. Il se déplaçait avec une aisance incroyable. Le voir danser devait ressembler au spectacle d’un oiseau volant. Impression et gracieux à la fois.

"Puis-je vous proposer une danse, ô mon maitre ? Je vous assure que je serai doux pour une première fois~"

Une lueur d’amusement passa dans son regard. La demande l’avait surpris. Ses mains cessèrent toute activité l’espace d’un instant avant qu’il n’en tende une à Raimbert pour l’inviter à se relever. Pourquoi pas? Danser n’était pas dans ses habitudes, mais qu’est-ce que le Vampire risquait à se prêter au jeu? Sinon d’avoir l’air parfaitement ridicule…

« Appelle-moi encore « maître » et je t’assure que mes pieds ne feront aucun effort pour éviter d’écraser les tiens. » l’amusement dans sa voix était parfaitement perceptible, malgré son regard qui avait retrouvé son sérieux. « Je ne sais pas danser. Mais j’apprends encore vite. » Le seul avantage d’avoir été esclave et d’avoir eu Searcy pour Maître, ça avait été de pousser Garrett à apprendre d’autant plus rapidement. « Es-tu moins doux à partir de la seconde fois, Raimbert? Prendrais-tu donc ton maître en pitié parce qu’il a deux pieds gauches? »

Deux pieds maladroits, cela restait à voir. Le Vampire n’avait jamais dansé de sa vie. Du moins, aucune danse sérieuse. Il n’était pas du genre à courir les boîtes de nuit ou les fêtes. Les rares fois où il s’était présenté à ce genre de d’occasion, il avait surtout discuté. Humain, il n’avait jamais eu le temps ni la possibilité d’apprendre. Et Vampire, il n’en voyait pas de réel intérêt. Mais pour son Humain… il ferait un effort. Garrett n’avait pas acheté Raimbert rien que pour remplir le décor, après tout. Il n’avait pas eu une belle relation avec Searcy, mais il espérait mieux s’entendre avec Raimbert. Il était un Humain intéressant et agréable, jusqu’à présent. Garrett n’avait pas à s’en plaindre, au contraire.

« Je me demande sincèrement comment tu t’y prends pour réussir à me faire faire quelque chose du genre. » soupira-t-il. « Montre-moi ces pas, que je te fasse regretter de m’apprendre ce genre de chose. Tu risque de souffrir plus que moi. Du moins, tes pieds… Si tu as besoin de musique, il y une radio dans le salon. »

Blaguait-il toujours? Garrett lui-même l’ignorait. Il ne le saurait qu’une fois la danse lancée. Il se promit de se faire pardonner de Raimbert, s’il venait qu’à trop écraser ses orteils. Le Vampire craignait de ne pas être très doué. Peut-être qu’à force de pratiquer, il offrirait un jour à son Humain une prestation plus digne de ce nom. Mais peut-être se montrerait-il doué pour une première fois… Après tout, il y mettrait les efforts nécessaires pour ne pas se ridiculiser.  

« Raimbert… J’apprécie ton rire. » laissa-t-il tomber, incertain de ce qu’il avouait. « Je n’ai pas acheté Joey parce que je craignais qu’il ne finisse pas perdre sa bonne humeur à mes côtés. Mais j’apprécie la tienne. »

Peut-être était-ce ce rire que Raimbert avait qui l’avait poussé à accepter cette danse… La bonne humeur de l’Humain finissait peut-être par modérer sa morosité. Ou peut-être dansait-il pour oublier ses peurs suite au retrait de son collier… Ou un peu des deux?       
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Sam 3 Nov - 18:43
Raimbert se saisit de la main tendue pour se relever, effectuant une parodie de révérence une fois levée. Il ne se départit pas de son sourire un rien tordu alors que son maitre le grondait affectueusement. Il ne savait pas danser ? Qu'à cela ne tienne ! L'humain se faisait fort de le lui apprendre - et tant pis si ses pauvres pieds rendaient l'âme avant la fin de la danse !

"Pas de pitié pour les vampires !" lui répondit-il en riant toujours.

Il l'amena jusqu'au salon, lui tenant toujours la main, et entreprit de régler la radio sur une station adéquate. Finalement la chance voulut qu'il tombe sur une valse de Strauss. Une valse viennoise à réaliser, parfait. Voilà qui allait leur occuper l'esprit et le corps.

"Ma bonne humeur déteindra peut-être sur vous, qui sait. Il parait que les sourires les plus rares sont les plus beaux - le votre doit être un véritable coucher de soleil. Mais pour le moment, dansons.
"

Son autre main vint se glisser sur la hanche du vampire et il lui montra les pas de base. Il y'avait une sorte de pureté mathématique dans cette danse, dans ce pas de six imperturbablement reproduit. Quand l'un avançait, l'autre reculait et quand l'autre prenait les devants, le second ne pouvait que suivre. C'était une véritable danse commune, sans meneur ni mené mais avec deux codanseurs. Pieds droits et pieds gauches conjoints, demi-pointes et un et deux et trois on recule et quatre et cinq et six on ravance et un et deux et trois - plus ferme, le pas ! Raimbert n'hésitait pas à reprendre Garrett ni à grimacer lorsqu'une semelle empiétait un peu trop sur ses orteils.

Finalement, ils réussirent à réaliser une danse convenable. Au bout de combien de temps ? L'humain n'en savait rien mais la radio passait désormais un opéra rock totalement inapproprié - et un peu ridicule - pour cette danse. Dans ses bras, Garrett se détendait et se révélait plutôt doué pour cette danse pourtant si rigide. Peut-être était-ce dû à l'exercice en lui-même, obligeant tout l'esprit à se focaliser sur les pas et interdisant les ruminations. Pourtant tout n'était pas terminé ; il s'agissait maintenant de tournoyer au lieu de se limiter au sur place.

"Et 1, et 2 - on tourne - et 3, et 4, et 5 - on tourne - et 6..."


Ils devaient avoir l'air plutôt ridicules, Raimbert menant désormais les pas et Garrett tentant de suivre le rythme. Malgré lui, l'humain se sentit embarqué dans le rythme du morceau passant à la radio et le tout s'accéléra encore. Pieds qui s'écrasent et risques de chutes s'accumulèrent jusqu'à ce qu'enfin il déclare forfait - ou plutôt que son corps n'en puisse plus. Il s'effondra dans les bras de Garrett, moitié riant moitié honteux d'être si faible, les joues irradiant de chaleur.

"Pardon, je suis un peu rouillé. Je suis tout de même heureux d'avoir eu votre première danse. Comment vous sentez-vous ?"
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Dim 4 Nov - 1:11

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. Pas de pitié pour les Vampires, hein? Garrett avait surtout l’impression que ça allait être les pauvres pieds de Raimbert qui allaient souffrir. Il se laissa entraîner jusqu’au salon, la main chaude de l’Humain dans la sienne qui restait froide. Jusqu’à un certain point, il comprenait à quel point Searcy avait probablement pu apprécier sa propre chaleur humaine, avant qu’il ne soit Transformé. Les rares fois où Garrett profitait de cette douceur chaleur de vie, c’était lorsqu’il replaçait les mains des esclaves en formation ou lorsqu’il en soignait un de temps en temps au Centre plutôt que d’aller voir directement un médecin pour un tout petit problème simple.
Un morceau de musique commença se faire entendre dans la maison. Une musique aux allures classiques et vieille. Le genre de musique intemporelle qui ne se démodait jamais.  

"Ma bonne humeur déteindra peut-être sur vous, qui sait. Il parait que les sourires les plus rares sont les plus beaux - le votre doit être un véritable coucher de soleil. Mais pour le moment, dansons."

« Si un jour tu arrives à me faire sourire, Raimbert, nous en reparlerons. Tu finiras peut-être par y parvenir. »

Il n’y avait pas beaucoup d’espoir dans sa voix, mais si une personne pouvait arriver à le tirer hors de sa noirceur, c’était peut-être cet esclave-là. Sa façon d’aborder la vie plaisait à Garrett. Son attitude aussi. Soumis, sans pour autant dépendre complètement d’un Maître. Calme. Détendu. Heureux, apparemment.
Cette main sur sa hanche lui laissait une étrange sensation. Une légère angoisse, peut-être? Rien d’aussi fort qu’avec Searcy, mais il mit quelques instants à s’habituer à ce contact. Il laissa Raimbert lui montrer les pas de base. Les sourcils froncés, Garrett se concentra presque immédiatement à la tâche. Avancer. Écraser un pied. Oups. Reculer, suivre, écraser encore un pied. Oups. Il lui fallu quelques essais avant de maîtriser les pas plus correctement.

Globalement, la chorégraphie restait la même, mais il fallait penser à bien suivre et à ne pas oublier le pas suivant pour éviter de nuire au partenaire. Raimbert se montrait patient. Et Garrett quelque peu malhabile dans ses tentatives. S’il avait les pas justes, il manquait parfois de rythme. Et quand il avait le bon rythme, il se trompait parfois de pas, écrasant au passage les orteils de l’esclave… qui ne se gênait nullement pour le lui faire remarquer. Le Vampire aurait presque pu rougir de honte, par moments. Il avait l’impression d’être terriblement nul, mais l’Humain semblait… confiant.

Plus les pas avançaient et plus le Transformé saisissait le principe. Il n’était pas doué à proprement parler, mais il finit par arriver à se débrouiller un peu moins maladroitement. Au bout d’un moment, il en oublia complètement son collier, sa laisse, ses tensions, sa peur.

"Et 1, et 2 - on tourne - et 3, et 4, et 5 - on tourne - et 6..."

Tourner?
Garrett se prêta au jeu avec le plus grand sérieux, tel un élève dévoué entièrement à sa leçon. Il se fichait pas mal d’avoir l’air ridicule. Au final, même si le sourire lui manquait, il prenait beaucoup de plaisir à partager ce moment. Le corps de Raimbert était de plus en plus chaud entre ses mains. L’Humain devait mourir de chaleur. Et lui, le pauvre Vampire, tentait de suivre le rythme imposé par le Russe, sans grand succès. Au bout d’un moment, Raimbert l’avait complètement perdu dans sa rapidité. Il soutint son Humain lorsqu’il s’effondra dans ses bras. Il ne pesait presque rien…

"Pardon, je suis un peu rouillé. Je suis tout de même heureux d'avoir eu votre première danse. Comment vous sentez-vous ?"

« Maladroit. Mais je me suis bien amusé. J’aurai probablement besoin d’une autre leçon, un de ces jours… »

Une invitation à refaire cette activité lorsque cela plairait à Raimbert, ni plus, ni moins. Il garda le corps terriblement chaud de l’esclave contre le sien. Il ne se sentait pas pressé de le déposer. Il était si faible, si vulnérable entre ses mains… Le Vampire finit par le déposer, en douceur, et à contre cœur sur le canapé. Il l’aurait volontiers gardé un instant encore dans ses bras, mais Raimbert aurait probablement finit par trouver ce geste… déplacé.  

Garrett retourna dans la cuisine quelques instants. Il sorti un verre des armoires et laissa couler l’eau du robinet un moment pour la laisser refroidir.Il prit le temps de remplir complètement le verre avant de revenir au salon, s’asseyant aux côtés de son partenaire de danse, lui offrant l’eau par la même occasion.

« Merci de m’avoir offert cette danse. » Mal à l’aise? Gêné? Un peu des deux, probablement.

Il passa l’une de ses mains froides sur le front de l’esclave. À défaut d’être mort, il pouvait au moins l’aider à retrouver un peu de fraîcheur. Garrett laissa son regard s’attardé sur le teint rouge de l’esclave. Il semblait épuisé et un peu déçu de lui-même. Pourtant, le Vampire avait apprécié l’expérience.

« Ne te surmène pas ainsi, Raimbert. J’ai peut-être une meilleure endurance, mais tu me surpasse amplement par ta technique et ton rythme. Tu peux être fier de ce que tu sais faire. Et tu as été plus patient avec moi que je ne l’aurais espéré. »

Combien de fois avait-il écrasé ses orteils? Le Vampire n’avait pas vraiment compté, mais « beaucoup », lui semblait relativement adéquat. Sa main se déplaça sur l’une de joue de l’esclave. Il lui semblait si brûlant… Tu as donné tout ce que tu avais pour m’offrir cette danse, Raimbert… Tomber d’épuisement… voilà ce qui se passait quand on avait tendance à trop en faire. Mais l’Humain l’avait fait pour son Vampire. Prenant conscience de cette idée, Garrett soupira.

« Tu es beau à regarder danser. Mais tu n’aurais pas dû t’épuiser autant pour moi. » Il aurait probablement des courbatures, le pauvre Humain… Garrett le masserait peut-être un peu, s’il le laissait faire. « Tu ferais peut-être mieux de prendre quelques heures de sommeil… Je peux même te faire couler un bain, si tu veux. Après une telle danse, je crois que je peux te permettre de te reposer. »

Et puis avec son achat et tout le reste, Raimbert était probablement épuisé. Garrett se souvenait vaguement de l’avoir été terriblement, la première journée. La laisse, la balade en ville, l’humiliation, la fatigue et la peur. C’était ce dont il se souvenait le plus. L’avantage qu’avait Raimbert, c’était probablement que Garrett ne rechignait pas à réaliser lui-même des tâches, même pour alléger le travail de l’esclave. Lui faire couler un bain, le monter à l’étable… le border si besoin! Après ce moment, cette danse si merveilleuse, il ne pouvait pas lui refuser ce maigre luxe.

« Tu danses depuis combien d’années, pour soutenir un tel rythme? »       
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Dim 4 Nov - 16:09
Se sentir ainsi serré contre le corps de Garrett n'était pas désagréable. La température corporelle du Vampire était juste ce qu'il fallait pour être agréable après cette danse enflammée et cette impression de sécurité... L'humain ferma à demi les yeux, savourant la tension des muscles de son maitre, alors qu'il le trainait jusqu'au canapé.

Il s'y laissa tomber avec une certaine souplesse, bien que ses jambes aient déjà crié grâce, et se laissa aller contre le dossier, tête renversée en arrière. Depuis combien de temps n'avait il pas connu un tel état de fatigue – mais aussi un tel état de grâce, dansant comme si demain ne devait jamais arriver ? L'épuisement même n'était pas un problème tant il était teinté de la joie qui l'envahissait toujours lorsqu'il se laissait aller à suivre la musique de ses pas. Cela devait remonter à... Miami ? Ou Vancouver peut-être. Cette soirée en boite de nuit où il avait dansé, dansé, jusqu'à la fin de la nuit...

Il se redressa lorsque Garrett reparut, un verre d'eau à la main et un sourire lui fendit le visage devant la gentille attention.

"Tout le plaisir n'était pas que pour moi, j'espère."


Le vampire avait beau se dévaloriser et ne pas penser être un maitre parfait, il était pour l'instant dans le haut du panier au niveau attention. L'humain savoura son verre d'eau fraiche, ne cillant même pas lorsque la main de Garrett vint se poser sur son front. Elle lui fit l'effet d'une compresse d'eau froide, calmant un peu le coeur qu'il sentait battre entre ses tempes. Il lui était étrange de cotoyer quelqu'un de si tactile après Sir Hopkins et sa retenue flegmatique mais cela ne lui déplaisait pas. Loin de se cacher, l'humain se sentait mieux après le contact -et cela l'amusait de réagir comme une fleur face au soleil. C'était comme si son passage en boutique l'avait sevré de quelque chose de plus essentiel que ce simple lien de maitre à esclave.

"J'aurais aimé vous offrir plus. Danser jusqu'à ce que vous maitrisiez la danse à votre tour, danser jusqu'à ce que la fièvre vous parcoure les veines et vous arrache un sourire de joie."


A son tour de venir au contact du vampire ; son index vint se poser sur ses lèvres, remontant jusqu'à leur commissure  gauche – dessinant du bout le sourire qu'il imaginait sur cette figure nouvelle et sur laquelle reposait déjà pourtant tant d'espoirs. Ils devaient dessiner un beau tableau, l'un et l'autre, en train de toucher le visage de leur vis à vis. Un Michel-Ange peut-être – l'homme touchant du doigt son Dieu, le frêle contact entre l'ordinaire et l'extraordinaire...

"Laissez moi cinq petites minutes et je devrais être en état de me lever pour prendre un bain. A dire vrai, rien que d'y penser, j'en salive déjà. Il n'y avait que des douches en boutique, le bain est un luxe dont je me suis passé longtemps."


Il se laissa de nouveau tomber au fond du canapé, enlevant ses chaussures du bout du pied sans même les délacer. La journée avait été longue, et il était tard – ses yeux cherchèrent instinctivement une horloge avant de déclarer forfait, estimant que peu importait l'heure, pour lui il était tard, point final.

"Cela fait 5 ans que je danse la valse, un peu moins pour le reste. C'est beaucoup d'entrainement, mais je ne le regrette pas. Lorsque je danse, je suis vraiment vivant – c'est comme si le monde entier s'offrait à mon regard et que je pouvais tout voir. Vous connaissez cette sensation ? Comme si pendant un instant, on était parfait – et que le reste du monde l'était aussi ?"


Réalisant à ce moment là seulement que cette question risquait de faire replonger le vampire dans un passé qu'il faisait tout pour maintenir à distance, Raimbert attrapa à tâtons sa min et enchevêtra ses doigts avec les siens.

"Désolé si je suis trop intrusif. N'hésitez pas à me demander de me taire si j'abuse."
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Lun 5 Nov - 1:19

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. "Tout le plaisir n'était pas que pour moi, j'espère."

« Parce que ça t’a plu que j’écrase tes orteils? » Un seul sourcil arqué, une petite lueur d’amusement dans les yeux, Garrett se laissa à aller à faire un peu d’humour maladroit. Avant de reprendre presque immédiatement son sérieux. « Il y avait longtemps que je ne m’étais pas amusé de la sorte. Danser avec toi est une activité… divertissante, Raimbert. » Divertissante et déstabilisante. « J’en ai oublié jusqu’à mon collier, pendant un moment. »

Un aveu qui, selon Garrett, en disait long quant au plaisir qu’il avait pris à cette activité. Et à la détente que cela lui avait procurée. Retenir les pas, les compter, les prévoir, surveiller les pieds de Raimbert, profiter de la musique, admirer la technique et la fluidité de l’Humain… Ça avait demandé beaucoup d’attention de la part de Garrett. Cela en aurait demandé pour n’importe qui, d’ailleurs. Son Humain ne sembla pas dérangé, ni détesté le fait qu’il prenne l’initiative de passer sa main froide sur son visage si chaud. Tant mieux. Il aurait trouvé dommage de ne pas pouvoir profiter de cette douce chaleur qui émanait du corps de l’esclave. Cette chaleur vivante et humaine.

"J'aurais aimé vous offrir plus. Danser jusqu'à ce que vous maitrisiez la danse à votre tour, danser jusqu'à ce que la fièvre vous parcoure les veines et vous arrache un sourire de joie."

Ce fut au tour de Raimbert de porter sa main au visage de Garrett. Garrett qui en resta un moment surpris quand l’index de l’Humain se balada sur ses lèvres. L’espace d’un instant, il fut tenté de saisit son poignet et de l’arrêter. Pour le faire lâcher. Mais il renonça. Non. Étrangement, que Raimbert puisse le toucher ne le dérangeait pas. Ce n’était pas désagréable. Il semblât au Vampire que Raimbert dessinait comme l’ombre d’un sourire sur son visage…

« Tu m’offres déjà beaucoup. Je n’ai pas fait grand-chose pour mériter un tel geste de ta part. Esclave ou pas, au-delà des tâches que je t’ai confiées, tu ne me dois rien de plus. Et pourtant… »

Il le privait de son collier, d’une part de son passé. Il lui offrait l’occasion d’Oublier, le temps d’une danse. Il lui offrait des sourires. Il lui permettait de profiter de sa chaleur quelques instants.
Tandis que Raimbert se laissait de nouveau retomber sur le canapé, Garrett retira sa main de son visage. Il lui offrirait tout le temps dont il avait besoin pour se relever, puisqu’il insistait. Garrett avait tout son temps. L’Éternité. Quant à la sensation de perfection qu’il lui décrivit, Garrett resta pensif, se renfrognant légèrement. Avait-il déjà connu pareille sensation? Avait-il déjà vu autant de Perfection en ce monde? La chaleur de la main de Raimbert le coupa court dans ses pensées. Son regard bleu bifurqua lentement vers les doigts croisés entre les siens. Une vision qui le captiva un instant.

"Désolé si je suis trop intrusif. N'hésitez pas à me demander de me taire si j'abuse."

« Je ne compte pas te museler. J’aime ta franchise, bien qu’elle soit parfois… blessante. Ou déstabilisante. »

Non, il n’empêcherait jamais Raimbert de parler librement. Lui-même l’avait été bien trop longtemps. Il l’était toujours…
Son regard restait toujours planté vers leurs deux mains. Son pouce caressait doucement le dos de la main de l’esclave. Oui, Garrett était très tactile lorsqu’il le pouvait. Toucher avait trop longtemps fait partie de son travail et de ses besoins pour qu’il puisse si aisément s’en passer.

« Je ne connais pas la sensation dont tu parles. Au mieux, j’ai été fier de moi à quelques occasions dans ma vie, mais jamais au point où tu le décris. Rien n’a jamais été parfait. Mais il y a eu de l’amélioration dans les trente dernières années. »

Il avait été fier de se trouver un travail, de voyager, de passer son permis. Et même dans sa vie d’Humain, il avait été fier de ses premiers points de suture parfaits, d’avoir convaincu son Maître pour ses tatouages, d’avoir survécu à ce Searcy… Mais rien ne lui avait jamais semblé parfait. Raimbert, lui, voyait de la Perfection en chaque Créature, en chaque pas de danse. L’Imparfait Raimbert qui voyait de la Perfection partout… Son regard délaissa leurs mains pour se plonger dans celui de l’esclave.

« Je me sentais moins imparfait, lorsque mon Maître complimentait mon travail. Il était moins dur lorsqu’il m’emmenait avec lui à sa clinique médicale. Et mes tatouages. La seule chose qu’il ne m’ait pas imposé et que j’ai osé demander avant d’être… Transformé. C’est… ce qui se rapproche le plus de ce que tu m’as décrit comme sensation. Les moments où j’avais l’impression d’être… un peu plus qu’un esclave brisé. »

Même dans son travail, il n’avait retrouvé exactement ce sentiment de satisfaction qu’à ces deux moments isolés de sa vie d’esclave. Du moins, ce n’était pas la même chose. Le Vampire n’avait pas relâché la main de Raimbert. Au contraire. Son autre main était venue emprisonner celle déjà emmêlée dans ses doigts froids. Cela pouvait sembler étrange et pourtant, Garrett s’en fichait complètement. Pour une fois, il pouvait se délecter de la douce chaleur humaine sans qu’on l’en empêche! Longtemps, il avait touché un Vampire par la contrainte de son rang d’esclave. Et malgré son dégoût, malgré sa peur, malgré ses réticences, même avec Eammon, il était toujours resté avec ce besoin de toucher. Avec son Humain, cette manie n’avait pas changé, mais cette fois, le Vampire, c’était lui.

« Reste toi-même Raimbert. Cette maison est la mienne autant qu’elle est la tienne. T’empêcher de parler ne fera que te rendre malheureux. Si tu commence à analyser chaque parole que tu veux prononcer, tu vas trouver le temps long. Si une question ne me plait pas, je n’y répondrai tout simplement pas. Ne t’en fait pas pour moi. » Il avait connu pire après tout! « Si tu dois partager ma vie, la confiance doit aller dans les deux sens, je pense. Mon passé n’est pas glorieux. Et même si je ne t’avais rien dit, tu aurais fini par comprendre. Tu ne sais pas tout. Mais tu as le droit de rester intrusif si tu le souhaites. Je ne veux pas être… ce genre de maître qui empêche ses esclaves d’être ce qu’ils sont. Ta vie aussi a été dure… tu n’as pas besoin que je la rende exécrable. »

Encore une fois, Raimbert le poussait à parler beaucoup. Et à sortir de cette zone de confort qu’il avait réussit à se créer petit à petit pour survivre à ses angoisses. Cet Humain. À peine entré dans sa vie qu’il en changeait déjà les règles!

« D’ailleurs… rien ne t’oblige à répondre à mes questions. Ou à me supporter quand mes doigts s’emportent. Mes doigts sont moins froids quand je me suis nourri. Mais il y avait un moment que je n’avais pas senti une chaleur humaine… vivante… aussi longtemps. »       
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Mar 6 Nov - 21:50
Raimbert l'écouta sans mot dire, laissant à Garrett tout le temps nécessaire pour s'épancher. Quelque chose lui disait que ce ne devait pas être monnaie courante pour lui de parler autant - et quelque chose d'autre lui disait qu'il pourrait bien en prendre l'habitude, tant que son auditoire prenait la peine d'écouter sans juger. Quelques hochements de tête silencieux et la contraction de ses doigts autour des siens alors qu'il parlait de souvenirs douloureux lui suffirent à faire passer le message :je suis là, j'écoute, je ne juge pas. Cela avait l'air de fonctionner.

Il reporta son attention sur ses tatouages lorsqu'il en parla. Les dessins qui encraient son épiderme étaient beaux mais mystérieux. Des doigts de sa main libre, il vint en esquisser le contour sans aucune gêne. Nirvana... firent ses lèvres en même temps qu'il lisait le mot habilement calligraphié en dessous. Cela lui disait vaguement quelque chose...

"Qu'est ce donc que le nirvana ? Et que représente ce tatouage ?"


C'était de la curiosité pure et dure mais puisqu'il abordait le sujet - et puisqu'il lui demandait de continuer à être franc... Certes, il aurait préféré ne pas être blessant mais si son maitre lui demandait de faire comme tel, il n'aurait aucun scrupule à continuer ainsi. Ce fut avec une attention soutenue qu'il écouta ce que le vampire voulait bien lui confier sur ses tatouages, réalisant alors à quel point ils étaient importants pour lui. Nirvana... Y'avait-il vraiment cru, étant humain ? N'était-il pas d'une certaine façon similaire à Raimbert ? La pensée lui traversa l'esprit avant d'être chassée d'un simple froncement de sourcils.

"J'aurais aimé continuer cette discussion mais l'eau chaude m'aidera vraiment à éviter les courbatures."


L'humain leva leurs mains entremêlées et avec douceur, vint poser un baiser au dos de celle du vampire en geste d'excuse avant de lâcher prise. LE contact était rompu mais ce n'était que temporaire, qu'il se rassure. Il se releva, s'étira comme un chat, faisant claquer ses vertébres d'un coup brusque de la tête. Clac clac clac - qu'il était à la fois épuisant et bon de se sentir aussi fatigué ! Il bailla, savourant d'avance la sensation de l'eau chaude sur sa peau désormais refroidie.

"Aurez vous besoin de moi après le bain ?"

Raimbert pencha la tête légérement sur le coté et de l'index pointa son propre cou. Le geste pouvait signifier au choix qu'il s'offrait en tant que repas si besoin était ou qu'il pouvait lui rendre son collier si Garrett le désirait.
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Ven 9 Nov - 18:06

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. Il y avait ça de bien, avec Raimbert : il ne jugeait pas. Du moins, s’il le faisait, il gardait cela pour lui. Et Garrett lui en était reconnaissant. Il n’avait pas besoin que l’on juge ses choix, ses peines, ses décisions, sa vie. Il se débrouillait du mieux qu’il le pouvait avec ce qui lui restait de lui-même.
Les esclaves étaient des Humains. Des Humains qui pensaient, jugeaient au même titre que n’importe quelle Créature. Que Raimbert ne formule aucun jugement d’aucune sorte, pour Garrett, ça n’avait pas de prix. Joey aurait-il été aussi conciliant? Peut-être pas. Après tout, n’importe qui aurait pu se contenter de lui rappeler qu’il était temps de passer à autre chose. Il était peut-être temps, effectivement, mais le Vampire n’y était pas prêt. Searcy s’était ancré trop profondément en lui pour disparaître totalement.

Les doigts de l’Humain suivirent les lettres sur le bras du Vampire. Raimbert semblait presque aussi tactile que lui, à bien y penser. Il ne craignait pas de toucher un Vampire de sa propre volonté. Garrett s’étonnait encore de ne pas le voir craindre la moindre Créature. Un jour, il s’y habituerait peut-être. Les Créatures n’étaient pas plus mauvaises que les Humains. Les Humains, pas plus mauvais que les Créatures.

"Qu'est ce donc que le nirvana ? Et que représente ce tatouage ?"

Curieux, le petit Humain. Pour autant la question ne le blessa pas. Ce tatouage, il en était fier. Il l’avait soutiré à Searcy, il était représentatif de quelque chose, d’un Espoir… même si cela ne s’était pas terminé aussi bien que le Vampire l’aurait espéré. Il avait néanmoins pu Espérer.

« Le Nirvana, c’est la sérénité complète et totale. C’est la fin de tout désir humain arrêtant le cycle de réincarnation. On dit que l’âme se réincarne jusqu’à atteindre cet état de Sérénité. Techniquement, je suis mort quand Searcy m’a tué. Cette vie de Vampire est ma dernière. J’ai l’Éternité pour trouver cette Paix. Quant au soleil… c’est pour ne jamais oublié que j’ai été Humain. Esclave. Après tout, j’ignore ce qui me restera de souvenirs de cette époque, lorsque j’aurai 300 ou 500 ans. »

Une encre à double tranchant. Qui devait l’empêcher d’oublier et l’obliger à avancer. Je suis mort quand Searcy m’a tué… Je suis mort dès qu’il m’a acheté. Il ne m’a achevé qu’en m’étranglant. Je me demande si j’arriverai à tuer Raimbert, s’il veut toujours de cette Transformation. Cette pensée ne l’enchantait pas. Mourir. Ça n’avait rien eu de plaisant. Et son Nirvana était toujours aussi loin, aussi inaccessible.

"J'aurais aimé continuer cette discussion mais l'eau chaude m'aidera vraiment à éviter les courbatures."

Le Vampire acquiesça, sortant par la même occasion de ses pensées. L’esclave eut ensuite un geste qui étonna Garrett, laissant le Vampire incapable de dire quoi que ce soit, les yeux écarquillés par la surprise. L’Humain venait de déposer un baiser au dos de sa main. Un geste doux. Un geste d’excuse avant de le relâcher. Le Transformé porta son regard froid sur sa main. Il ressentait encore la douce chaleur des doigts et des lèvres de l’Humain sur sa peau. Un baise-main. Un geste totalement inattendu. Si doux, qu’il en était encore surpris. La voix de l’esclave le ramena au moment présent, mais il fallu un certain temps pour que Garrett comprenne le double sens de la question et du genre. Son esprit était encore quelque embué par cette douceur dont Raimbert venait de faire preuve à son égard.
L’Humain lui proposait son sang. Ou peut-être son collier.
Ou les deux dans la même question.
Aurait-il besoin de sang? Pouvait-il encore se passer de son collier?
À son tour, Garrett se leva, les mains dans les poches pour éviter de porter celles-ci à son cou. Constater une énième fois que son collier n’y était plus n’aurait tendance qu’à le rendre plus nerveux.  

« À moins que mes mains froides ne t’embêtent réellement, j’attendrai que tu sois en pleine forme avant de me nourrir. Ne t’en fais pas pour moi. Je peux patienter. »  

Avec Searcy, il avait appris beaucoup de choses. Entre le contrôle de ses pouvoirs, le contrôle de sa faim. Il n’attendrait pas jusqu’à atteindre un état de folie, mais il pouvait se permettre de laisser Raimbert dormir et manger correctement. Il pouvait attendre. Rien ne pressait encore. Il n’irait pas se nourrir jusqu’à causer l’évanouissement de l’Humain non plus. Il était raisonnable lorsqu’il avait besoin de sang. Searcy avait toujours été glouton. Même après sa Transformation, il n’avait jamais cessé de boire son sang. Mais le sang d’un Vampire ne valait pas celui d’un Humain… ou d’un Hybride.

Et le collier… Garrett soupira et hésita. S’il le reprenait, il attendrait que l’Humain soit monté à l’étage pour le remettre, loin de l’humiliation du regard de l’esclave sur lui. S’il ne le reprenait pas… il continuerait de se sentir vide et perdu. Eammon l’avait à ce point convaincu de ne jamais retirer ce collier… ou plutôt, menacé…
Pourtant, le Vampire ne pouvait que constater que rien de grave n’était encore survenu. Sinon qu’il se sentait complètement nu, à vif devant son esclave. Une sensation qu’il ne connaissait pas, du moins, pas avec un Humain. Une sensation qu’il n’arrivait ni à aimer, ni à détester.

« Quant à mon collier… J’ignore ce qui me fait le plus honte. Demander à mon esclave de me le rendre ou devoir le remettre dès que je l’aurai en main… »

Et une fois seul, lorsque Raimbert serait à l’étage, arriverait-il à occuper suffisamment ses pensées? Il avait du travail pour le boulot, certes, mais serait-ce suffisant? D’un geste hésitant, il tendit la main, mais ne demanda rien. L’esclave pourrait tout aussi bien ne pas le lui redonner et le conserver encore un peu.

« Searcy ne me fera rien, de toute façon, si je ne le remets pas tout de suite. » sa phrase tournait quelque part entre l’affirmation et la question. Hésitante. De son autre main, Garrett la déposa en douceur sur le bras de l’esclave. « Merci… d’essayer de m’aider. »

Un jour, il tenterait de lui rendre la pareille. Garrett allait déjà commencer par tenter de lui rendre sa vie d’esclave le moins désagréable possible. Pour autant, il ne surpasserait probablement jamais le précédent Maître de l’Humain. Hopkins avait été formidable pour le Russe. Le Transformé regrettait de ne pas avoir connu un meilleur Maître. Il serait probablement toujours Humain. Et vieux. Mais il aurait été heureux.

« Va plutôt profiter de ton bain. Je serai dans le petit bureau si jamais tu as besoin de quoi que ce soit. J’ai du travail à faire pour le Centre d’esclave. »       
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Dim 11 Nov - 16:46

Il y eut un instant de silence un peu tendu, le temps que Garrett saisisse ce dont il était question. Raimbert le regarda réaliser et, d'un geste de révolte muette, enfoncer ses mains dans ses poches, là où elles ne pourraient pas saisir le collier honni. Le vampire paraissait partagé entre le besoin irrépréssible et le dégout pur et dur quant à l'objet, ses faits et gestes alternant sans cesse entre ces deux poles.

"Je suis habitué à ce type de température, vos mains froides ne me dérangent pas
."

Sir Hopkins n'avait jamais été très gourmand au niveau de la quantité de sang avalé, pouvant passer plusieurs jours sans s'alimenter, aussi Raimbert était-il coutumier des contacts frais bien que son précédent maitre n'ait pas été un fervent adepte du contact. Il fallait sans doute aussi voir dans cette accoutumance d'autres types de relations, que ce soit celles créées au centre où il avait grandi ou d'autres, plus intimes, nouées au cours de soirées un rien relâchées. L'esclave savait avoir été un jouet pour certains – une sorte de trophée que l'on prenait plaisir à posséder pour une soirée ou deux, le presque vampire qu'il faisait bon d'avoir courtisé – mais il n'y avait jamais vu ombrage du moment que le plaisir était partagé.

Il accepta donc sans mécontentement ou soulagement la situation, estimant que le vampire était le mieux à même de juger de son appétit et de ses besoins. Du moment qu'il ne le fasse pas volontairement souffrir – ce dont il ne doutait pas au vu de ce que Garrett avait partagé avec lui – l'humain ne craignait pas d'être mordu.

L'hésitation dont fit preuve Garrett ne lui échappa pas. Fallait-il qu'il ait encore peur de Searcy pour craindre son courroux même au delà de la mort... Il porta la main à la lanière dans sa poche arrière et hésita à son tour. Son pouce courut le long du cuir en une longue caresse, s'arrêtant à peine sur le trou le plus marqué – celui que Garrett utilisait lorsqu'il devait porter autour du cou cette horreur. Devrait-il le lui rendre ou au contraire le conserver ? La peur sous-jacente dans sa voix le décida.

"Searcy est mort. Je vais le conserver encore pour l'instant ; son fantôme n'aura qu'à me hanter moi s'il est contre cette idée."

Peut-être ne le remercierait-il pas de cette idée. Peut-être n'apprécierait-il pas les libertés que prenait son esclave, mais Raimbert était prêt à courir le risque – le bien du vampire prévalait sur tout. Il n'était pas bon que celui-ci soit encore sous la coupe d'un spectre sadique malgré tout le temps écoulé. Il se pencha vers lui et avec douceur porta les doigts de sa main droite jusqu'au cou de Garrett, les y laissa un court instant, savourant le contact de sa peau nue, sans la sensation presque poisseuse du collier.

"J'y vais. A tout à l'heure."

Sur ces paroles, il tourna les talons et partit en direction de sa chambre.

Le bain. L'eau chaude. La mousse. Raimbert redécouvrit ces petits plaisirs lors d'une longue session de nettoyage. La boutique ne disposait pas de baignoire et les douches étaient le plus courtes possibles, le laissant récuré sans pour autant avoir cette sensation de nettoyage qui accompagnait un bon bain. Il en ressortit l'esprit apaisé et le corps assaini, prêt à tout.

Le temps de ranger dans sa chambre les quelques affaires dont il disposait et il ressortit de là, les cheveux encore humides. Quelques minutes lui suffirent à prendre possession de la cuisine et cuisiner un simple steak de thon – ou plutôt deux steaks de thon – accompagné de riz au beurre et de poivrons revenus à la poele. Du poisson, avait dit Garrett ; c'était assez vague mais il espérait bien lui faire plaisir.

Alors que le thon grésillait dans la poele, il toqua à la porte du bureau.

"Garrett ? Le repas est prêt."

Sans même attendre de réponse, il repartit vers la table, s'occupant de la dresser avec un art consommé. Au pire des cas, celui-ci ne viendrait pas et Raimbert en serait quitte pour manger le thon froid le lendemain. Après tout le vampire n'avait pas besoin de manger – mais l'humain était d'avis qu'un bon plat se partageait à plusieurs. Qu'y avait-il de meilleur que de la compagnie autour d'une bonne table ?
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Lun 12 Nov - 22:43

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. Raimbert se disait habitué aux contacts froids. Pas faux. Puisque Hopkins avait été aussi un Vampire. Néanmoins, certaines personnes restaient parfois mal à l’aise devant cette peau… froide. Lui-même avait mis du temps à s’habituer à celle de Searcy, même s’il n’était jamais resté très longtemps avant de se rassasier.
Mais depuis sa Transformation et en particulier depuis qu’il avait cet emploi au Centre, il remarquait rapidement que plusieurs jeunes Humains fuyaient son contact. Si cela l’avait parfois déçu ou perturbé, il ne s’en préoccupait plus depuis un moment. Il se contentait d’aider ses étudiants, mais sans les guider avec ses mains. Il répétait lentement chaque geste qu’il effectuait, laissant le temps au jeune Humain de comprendre et reprendre correctement la bonne manipulation.

L’habitude du sang, de la faim et de l’attente. Garrett était un jeune Vampire patient. Il ne comptait pas non plus faire souffrir Raimbert. La morsure n’était jamais agréable, même consentant. Moins il pourrait le mordre, et mieux Garrett se porterait. Il ne prenait pas plus plaisir à se nourrir sur un esclave que l’esclave pouvait en prendre à se laisser mordre. Rien n’équivalait le sang Humain, qu’il préférait au sang Hybride.

La main de l’Humain se porta là où il avait rangé le collier. Garrett aurait eu le cœur battant chamade, si le sien avait toujours battu. La peur de ravoir… ou de ne pas ravoir son collier le tiraillait. Le Vampire gardait sa main tendue, sans savoir ce qu’il désirait réellement.

"Searcy est mort. Je vais le conserver encore pour l'instant ; son fantôme n'aura qu'à me hanter moi s'il est contre cette idée."

La bouche de Garrett s’ouvrit, prête à protester, mais aucun son n’en sortit. La main froide du Vampire se contenta de descendre lentement, comme s’il peinait à réaliser ce que Raimbert venait de lui refuser. L’espace d’un instant, il détesta l’esclave, convaincu que cette idée n’était pas bonne du tout. Mais sa colère s’évapora rapidement. Searcy est mort bien avant ta naissance, Raimbert… il ne pourra jamais te hanter… mais merci… Une bien maigre pensée qui força Garrett à détourner légèrement le regard. Raimbert, à peine entré dans sa vie que déjà il jouait avec un aspect important de son passé… Était-ce une bonne chose de laisser l’esclave prendre autant de libertés? Était-ce une bonne chose de se laisser ainsi faire? Le Transformé aurait été bien incapable de répondre à ces questions.
Et le court temps que les doigts de Raimbert se retrouvèrent sur son cou, il en savoura le contact avec un plaisir qu’il ne tenta même pas de dissimuler. Son cou, qui n’avait connu que des crocs avides et un collier d’où avait pendu une laisse…

Sans un mot, il laissa l’Humain filer à l’étage. Lorsqu’il disparut, Garrett porta à son tour, lentement, ses doigts où sa peau était plus tiède.

« Mais qu’est-ce qui m’a pris d’acheter un Humain… » soupira-t-il pour lui-même.

Il se dirigea vers son petit bureau, refermant la porte davantage par principe que par nécessité. Aussitôt, il s’installa devant l’ordinateur et ressortit ses feuilles. Il avait de la correction à faire pour quelques travaux théoriques et des recherches à mener pour ses cours. Garrett se plongea dans son travail rapidement. Chaque fois qu’il demandait à ses petits Humains ce genre de théorie, il ne cessait de les trouver toujours de plus en plus brillants avec les années. Et cela lui permettait aussi de repérer ceux ayant plus de difficulté avec la matière qu’il avait donné. Les premiers soins, ce n’était pas que de la pratique. Il y avait de la théorie aussi à connaître. La pratique servait à peaufiner les connaissances et à les améliorer.

Au bout d’un moment, l’odeur de nourriture commença à envahir la maison. Il y avait des années que ce genre de douceur n’avait pas comblé la demeure Searcy. Garrett se surprit même à fermer les yeux quelques instants, rien que pour respirer cette odeur délicieuse avant de se remettre au travail. Manger. L’un des seuls plaisirs Humains qui lui manquait réellement. Parce que même s’il mangeait, il ne ressentait plus cette sensation sa satiété. Tant qu’il n’avait pas de sang, il ne la ressentait. Et… la faim Humaine et Vampirique était assez différente. On toqua à la porte.

"Garrett ? Le repas est prêt."

Le repas? Avant qu’il ait pu questionner, l’Humain repartait. Il entendait ses pas sur le plancher, s’éloigner. Agacé, il soupira et rabattit l’écran du portable, laissant ses corrections sur le bureau. Il sortit du bureau, se dirigeant d’un pas vif vers la salle à manger.

« Tu n’as pas besoin de m’avertir quand tu… » Il s’arrêta brusquement au milieu de sa phrase. Il allait mentionner à Raimbert qu’il n’avait aucun besoin de l’avertir lorsqu’il mangeait, mais le fait de voir deux assiettes et non une seule lui coupa complètement la parole. Du poisson. Son Humain avait fait ce repas pour lui?… « Euh… je… pardon… »

Des excuses maladroites puisqu’il réalisait qu’il avait été un peu brusque dans ses propos. Garrett hésita un instant avant de venir s’installer à table. Les couverts, les ustensiles, les verres… Une table bien montée. Lorsque finalement il prit place, il prit quelques secondes pour observer les assiettes, puis l’esclave. Raimbert lui avait demandé ce qu’il aimait manger, certes, mais il ne s’était attendu à ce qu’il se prête à une telle préparation dès maintenant. Du steak de thon.

« Merci… Bon appétit Raimbert. »

Y avait-il une légère ombre de sourire sur son visage? Peut-être bien…
Il prit sa fourchette entre ses doigts et resta encore un moment assis à observer l’assiette. Le plat serait peut-être plus agréable à manger en bonne compagnie… Le café l’avait été, même si Garrett n’en avait bu que quelques gorgées. Il piqua la nourriture et porta finalement l’ustensile à sa bouche.
Un véritable délice.
Les saveurs étaient fantastiques, goûteuses. Et le thon! Tout simplement parfait.
Raimbert avait pris la peine, le temps de cuisiner pour lui…

« Tu faisais souvent ce genre de chose, pour Hopkins? »

Une simple question de curiosité, puisqu’à part le plaisir des aliments en bouche, un Vampire n’avait que peu d’intérêt à avoir un repas Humain. Une seconde bouchée. Depuis quand n’avait-il pas mangé le moindre repas de ce genre? Des années. Il avait tenté l’expérience dans ses premières années de Transformation. Par habitude ou nostalgie. Mais il n’avait pas fait durer l’expérience longtemps.

« C’est délicieux, Raimbert. Mais je ne pensais que tu le ferais réellement. C’est… »

C’était agréable de sentir la maison envirée d’odeurs de nourriture. Le plat était excellent. Raimbert allait bien au-delà de ses attentes. Il prenait beaucoup de libertés, l’Humain, mais cela ne déplaisait pas au Vampire.

« Tu t’embêtes beaucoup, pour un Vampire qui t’es presque inconnu. » Et pourtant, il appréciait l’intention de l’esclave. « Parle-moi un peu de ce que tu aimes… de ce que tu n’aime pas. Je ne connais pas encore beaucoup de choses sur toi. »

Ses passe-temps? Ce qu’il aimait faire? Ce qu’il détestait faire? Son animal favori? Son plat préféré? N’importe quoi. Garrett était intrigué par ce jeune homme si avenant.  
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Mer 14 Nov - 23:24
La réprimande le fit s'immobiliser, une assiette encore dans les mains et se retourner lentement vers Garrett, un sourcil froncé. Avait-il méjugé de la situation ? Pourtant le vampire n'avait pas eu l'air d'être contre l'idée de manger lorsqu'il l'avait interrogé plus tôt. Il se reprit, faisant se rassénérer l'humain et même, le faisant sourire légérement. Il n'aurait pas été grave de se tromper mais cela aurait eu un impact négatif certain sur leur humeur à tout deux à coup sûr.

"Ce n'est pas grave. Prenez place."

Le temps de mettre en place le reste des affaires et il s'assit à son tour, en face de Garrett qui n'avait toujours pas touché à son assiette. Politesse exagérée ou était-ce dû à autre chose ? A voir le regard absent que portait le vampire à la tablée, il était fondé de le croire perdu dans ses pensées. Puissent elles être positives, c'était tout ce que l'humain espérait. Il lui souhaita à son tour bon appétit avant d'attaquer son plat, détachant du bout de la fourchette une petite portion de son thon. Le poisson vint sans s'émietter, signe d'une bonne cuisson - Raimbert sentit son coeur s'alléger à l'idée que ces quelques semaines en boutique n'avaient pas réussi à réduire à néant ses qualités culinaires.

La première bouchée était toujours la meilleure. C'est du moins ce qu'avait l'air de penser également Garrett au vu de la tête qu'il arbora en savourant sa première fourchettée de thon. Cela fit d'autant plus plaisir à Raimbert qui s'attaque avec un plaisir renouvelé à son plat.

Sir Hopkins... Tout en revenait toujours à lui. C'était normal et pourtant cela faisait le coeur gros à Raimbert d'y repenser encore et de réaliser, maintenant qu'il était la propriété d'un autre, qu'il ne le reverrait probablement plus jamais...

"Peut-être deux ou trois fois par semaine. Il participait déjà à tant de diners officiels qu'il trouvait reposant de manger quelque chose de simple en ma compagnie. "Le goût est affaire de compagnie plus que d'assaisonnement" disait-il lorsque je lui suggérais de préparer quelque chose de plus distingué."


Raimbert joua du bout de la fourchette dans ses poivrons, les isolant par couleurs, le temps que Garrett formule son compliment. Il était assez convaincu de ses qualités pour ne pas faire preuve de fausse modestie mais avait appris depuis bien longtemps que faire preuve de trop d'orgueil était une faute de goût incomparable. La meilleure méthode consistait donc à détourner le regard pour ne pas paraitre trop fier puis à détourner l'attention sur autre chose.

"Merci. Je voulais fêter notre rencontre par un plat qui nous plairait à tous deux, je suis ravi que cela vous plaise Garrett. Et ne vous sous estimez pas, j'ai déjà appris beaucoup de choses de vous."


Rouge et jaune séparés, il piocha dans son riz au beurre et en avala une bouchée, savourant la tendresse du grain blanc. Contrairement à ce que pensait Sir Hopkins, l'assaisonnement pouvait bien faire toute la différence entre un rata quelconque et un bon plat.

"Je ne sais pas trop quoi dire sur moi. J'aime danser. J'aime me sentir indispensable. J'aime apprendre - j'ai appris les langues et la diplomatie avec Sir Hopkins. M'apprendrez vous autre chose ? Je l'espère en tout cas."


Apprendre, c'était la clef de l'évolution. Apprendre, c'était devenir meilleur que celui qu'on était hier mais moins que celui que l'on serait demain.

"Sinon je ne sais pas. J'aime Lewis Caroll. J'aime le vert, couleur de l'espoir. J'aime les chats et leur indépendance. J'aime les costumes trois pièces, les anciennes voitures, marcher pieds nus dans l'herbe humide, croiser un regard complice dans une foule, boire un Blue Lagoon dans une boite de nuit."

Ca et tant de choses... L'esclave remua doucement de la tête, le regard braqué sur Garrett, signifiant qu'il ne savait que dire de plus. La question était trop vague pour qu'il puisse vraiment y répondre.

"Et vous, qu'aimez vous ?"


Car une telle question n'était pas indigne d'un vampire, encore moins de Garrett. Qu'aimait-il ? Raimbert n'en savait rien, tant il avait été mis au courant de son passé mais pas de son présent. Il savait ce à quoi il avait été forcé, pas ce à quoi il aspirait.

"Interdiction de répondre "le poisson" !~"
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Sam 17 Nov - 13:58

Vies partagéesJe ne serai pas un mauvais Maître. Du moins, je l'espère. Raimbert ne sembla pas lui tenir rigueur quant à son début de réprimande. Tant mieux. Garrett s’en serait voulu si cela avait été le cas. D’autant plus qu’il ne s’était pas attendu à ce genre de repas dès la première journée. En fait, le Vampire ne savait pas trop à quoi s’attendre tout court. Il ignorait à quoi pouvait ressembler la vie d’un esclave qui n’était pas maltraité. Il ignorait à quoi pouvait ressembler la vie d’un Vampire propriétaire d’un Humain. Raimbert était le premier. Probablement pas le dernier, surtout s’il le transformait dans quelques années. Mais d’ici là, ils auraient le temps d’en rediscuter. Rien ne pressait.

L’Humain lui avoua avoir planifié des repas deux à trois fois par semaine pour son précédent Maître. Aussi souvent?! Garrett était étonné. Peut-être avait-il trop perdu le goût de la nourriture humaine pour réellement comprendre le plaisir de manger en groupe.

« Les meilleurs plats sont souvent les plus simples… et ce sont les plus réconfortants, de mon avis. J’avais rarement la chance et le temps de me préparer des trucs sophistiqués. Éviter l’anémie me semblait davantage prioritaire avec un Maître comme Eammon. »

Manger pour éviter les carences et éviter de tomber malade. Humain, Garrett aimait manger. Même des plats simples. Du moment que le goût était bon, il s’était toujours fiché de la complexité du plat. La cuisine n’avait jamais été sa grande passion. S’il savait apprêter des mets diversifiés, il ne s’était jamais spécialisé dans des plats haut-de-gamme. Raimbert isolait les poivrons de son assiette par couleur. Un tic ou une préférence de goût?
Garrett, lui ne faisait aucune différence, mangeant simplement avec un plaisir qu’il ne cherchait pas à dissimuler. Discuter en même temps lui faisait oublier cette impression de ne pas être rassasié un peu plus à chaque bouchée. Que Raimbert souligne leur rencontre avec un plat aussi délicieux lui fit plaisir. Le thon était absolument parfait, le riz était goutteux et les poivrons étaient encore légèrement croquants. Sans oser l’avouer, Garrett se sentait choyé. Un sentiment qu’il n’avait pas souvent connu pendant sa vie.

« Tu aurais pu choisir n’importe quel plat et pourtant… tu as choisit le poisson… Dois-je en conclure que tu ne voulais pas me voir esquiver ce repas? Tu es futé, pour quelqu’un d’aussi jeune. Tu ne laisse rien au hasard, pas vrai? »

Raimbert le manipulait déjà à sa manière. De façon subtile et délicate. Il lui imposait peu à peu une vie moins renfermée, quelque chose en dehors de tout ce qu’il connaissait. Et Garrett se méfiant moins des Humains, il finissait par tomber dans les « pièges » tendus. Après tout, il n’aurait pas retiré son collier pour une Créature. Ni partagé un repas. Un café peut-être, mais il ne l’aurait probablement pas bu. Il aurait aimé avoir été aussi futé, étant Humain… Mais n’avait-il pas finit par manipuler Searcy à sa manière, au bout d’un moment? Il s’était tué par sa faute, après tout… même si cela n’avait pas été l’intention première de Garrett.

L’Humain lui parla ensuite de ce qu’il aimait. Jeune et cultivé. Probablement plus que Garrett dont l’éducation avait été surtout portée à quelques sujets spécifiques. Bien entendu, il avait agrandi ses connaissances depuis sa Transformation, mais il ne connaissait pas grand-chose aux langues et à diplomatie. Avec l’anglais, de toute façon, il était possible de se débrouiller partout.

« Mon savoir se limite surtout à quelques connaissances médicales. Premiers soins, bien que Searcy m’ait fait dépasser de beaucoup ce qu’on m’avait appris dans mon Centre. Massages, en particulier les thérapeutiques. Tu te débrouilles probablement mieux que moi avec les langues. Mon français est plutôt médiocre et je ne sais pas aligner deux mots en espagnol. Le reste, je n’en parle même pas. Mais si mes connaissances t’intéressent, cela me fera plaisir de t’enseigner quelques notions. »

Lewis Caroll. L’auteur d’Alice au Pays des Merveilles? Garrett n’avait jamais lu ce bouquin. Il avait bien vu quelques adaptations, mais il ne s’était jamais plongé dans le roman. Raimbert semblait aimer, somme toute, des choses assez simples. La notion du « Blue Lagoon » lui échappa, mais dans le contexte d’une boîte de nuit, le Vampire osa s’imaginer qu’il s’agissait d’un alcool quelconque.

"Et vous, qu'aimez vous ?"

Garrett mastiqua lentement sa bouchée. Qu’aimait-il?

"Interdiction de répondre "le poisson" !~"

Le Vampire haussa un sourcil, avalant sa bouchée.

« Et moi qui comptait t’énumérer chaque plat de poisson que j’aime… Dommage. » fit-il, une lueur d’amusement dans son regard.

Qu’aimait-il? Le Transformé réfléchit un instant. Il lui semblait plus facile de poser cette question à un autre que d’y répondre lui-même. Au final, cela demandait tout de même une certaine introspection.

« J’aime mon travail, même si ce que je fais ne sers qu’à encourager ce système d’esclavage. J’ai tendance à me noyer dans ce travail… même à la maison. J’aime… les soirées cinéma. La méditation. Les bains chauds. J’aime les plantes, mais je pense que tu avais pu remarquer ma tendance à tenter vainement de rendre cette maison plus vivante… Le jaune. Le soleil, aussi ironique que cela puisse être venant d’un Vampire. J’aurais aimé en profiter en dehors du dôme de cette ville. »

Il ne l’avait jamais vu hors du dôme entourant la cité… il ne verrait plus jamais non plus. Garrett n’était pas assez fou pour aller se désintégrer devant l’astre solaire.

« J’aime voyager. La France, le Canada, l’Allemagne… J’ai tenté de trouver des Transformés, comme moi. Pour apprendre. Et savoir s’ils avaient autant de mal que mal à assumer leur transformation. J’ai l’impression que cela dépend du Vampire. Je crois que j’aimerais bien, un jour, écrire une sorte de bouquin avec ces différents témoignages. » Garrett soupira et secoua doucement la tête. Des idées, des rêves dont il n’avait pas le temps de s’occuper. « Un jour, peut-être. Enseigner au Centre d’Esclavage me prend déjà beaucoup de temps. Lorsque j’en serai lassé, peut-être… »

Rien ne pressait. Il avait du temps devant lui, après tout. À moins d’une blessure causant irrémédiablement la mort, il avait tout son temps. Et malgré ses fantômes, il ne comptait pas mettre à ses jours pour y échapper. Il les endurait depuis bien trop longtemps pour céder. Et il était mort une fois. Il ne voulait pas revivre cette expérience.

« Fan d’Alice au Pays des Merveilles, Raimbert? Je ne te savais pas lecteur. Je ne possède pas beaucoup de bouquins, mais si l’envie t’en prend, tu pourras en acheter comme bon te semble. »

La lecture était un passe-temps comme un autre. Garrett traînait surtout dans les encyclopédies du corps humain et rarement dans la lecture pour le divertissement. Replongeant sa fourchette dans son assiette, le Vampire constata qu’il avait déjà mangé une bonne part de sa portion de thon. Il appréciait chaque bouchée. Et mieux encore, il n’avait pas cette frustration de ne pas se sentir rassasié. Il prenait simplement plaisir à déguster et discuter. La chair tendre du poisson était un véritable délice.

« Tu aimes des choses relativement simples… sauf cette idée de costume trois pièces. J’ai toujours trouvé cela terriblement élégant… mais sans jamais comprendre comment on pouvait s’y sentir à l’aise. » constata-t-il entre deux bouchées. « Qu’aimes-tu manger? »

Discuter. Il avait l’impression de le faire maladroitement, passant d’un sujet à un autre. Il avait l’habitude d’enseigner une matière, de répondre à des questions, mais rarement de parler pour simplement parler.

« Raimbert… m’inviteras-tu de temps en temps pour partager tes repas? » osa-t-il enfin demander, une petite pointe de gêne dans la voix. S’il avait pu rougir face à la timidité de sa propre question, il l’aurait volontiers fait.        
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MessageSujet: Re: Vies partagées [Raimbert] - Maison Searcy Hier à 21:10
« Tu aurais pu choisir n’importe quel plat et pourtant… tu as choisit le poisson… Dois-je en conclure que tu ne voulais pas me voir esquiver ce repas? Tu es futé, pour quelqu’un d’aussi jeune. Tu ne laisse rien au hasard, pas vrai? »

"Je plaide coupable."

Cela fut dit avec un petit sourire d'amusement mais sans plus d'excuses. Petites pierres font grande montagne ; par petites touches, Raimbert amenait son maitre à se sentir plus à l'aise et cela avait l'air de fonctionner. Déjà son langage s'en ressentait, devenant plus volubile et moins froid, ouvrant à la discussion bien plus que lorsqu'il était entré en boutique, se parant d'agressivité larvée comme d'un bouclier.

La peur quittait aussi ses paroles tandis que le nom d'Eammon Searcy était une fois de plus prononcé sans qu'il en soit puni. Raimbert était d'avis que les choses tues étaient bien plus dangereuses que ce qui était dit et prononcé, mis en forme d'une certaine façon, aussi encourageait il à sa façon Garrett à se livrer. En raccordant cet odieux personnage à de simples faits tels que la nourriture ou ses compétences en matière de soin, il espérait bien diminuer voire à long terme anéantir son pouvoir terrifiant.

- Je n'y connais hélas rien en matière de soin ou de massages thérapeutiques. Ce serait avec plaisir que j'en apprendrai plus. Peut-être en échange de quelques cours de langue ? Je maitrise plutôt bien le français, quelques heures pourraient bien vous dérouiller.

Le silence se réinstalla quelques instants, à peine rompu par le léger bruit de mastication.

« Et moi qui comptait t’énumérer chaque plat de poisson que j’aime… Dommage. »


Le petit sourire de l'humain ne se fit que plus grand. Etait-ce lui ou Garrett faisait il déjà preuve de plus d'humour à son contact ? A force, il se faisait fort de lui arracher à lui aussi un sourire. Tout en retournant du bout de sa fourchette son steak, il écouta son maitre lui expliquer sa conception du bonheur. Son travail. Les soirées cinéma. La méditation. Les plantes. Le jaune. Des choses simples, faciles à accéder.

Le soleil...

Son couvert s'immobilisa un court instant alors qu'il tentait de se rappeler l'impression que ça faisait de sentir ses rayons couler sur sa peau. Chaud - comme une seconde peau qui encernait ses muscles et les recouvrait. Brulant - quand il n'était pas ombré d'une couronne de nuage ou caché par les épais arbres qui entouraient le campement de son clan. Est-ce que c'était vraiment si différent de l'artificiel ? Il pointa de la main en un geste vague la fenêtre toute proche, le ciel qu'on devinait en dehors.

"Vous n'avez pas perdu grand chose. Ce soleil-ci est plus jaune, plus vif. Plus simple. Il ressemble plus aux dessins d'enfant que je faisais que le vrai. Dehors, il est bien plus souvent tapi dans l'ombre des nuées célestes que visible clairement. Après, si vous tenez toujours à le voir, vous pouvez toujours louer une voiture dont les vitres ont été traitées aux UV. Je sais que cela existe pour les voyages entre dômes voisins."


L'idée n'était pas forcément mauvaise d'ailleurs. Raimbert en avait emprunté une une fois, pour conduire d'urgence Sir Hopkins à un autre dôme, mais avait voyagé de nuit essentiellement. La lune en tout cas, pleine cette nuit là, lui avait semblé tout aussi ronde et pâle que ce qu'elle était lorsqu'il était libre. Comment Garrett réagirait-il à un tout nouvel environnement, loin de tout ce qu'il était, loin de tout témoin, loin de ce Searcy qui lui empoisonnait la vie ? Il ne tenait qu'à lui de le découvrir.

Voyager. Cela, Raimbert pouvait le comprendre, lui qui avait rarement passé plus de quelques semaines au même endroit depuis son premier achat. Il y avait quelque chose de merveilleux à l'idée de voir un nouveau coucher de soleil, fut-il artificiel, à découvrir de nouvelles personnes, à se réveiller dans une chambre inconnue. L'attrait de l'aventure aurait dit son ancien maitre en haussant les épaules, désabusé, la folie de la jeunesse. Raimbert lui aurait alors rappelé avec le plus grand plaisir que ces voyages n'étaient pas de son fait à lui, réprimande à laquelle Sir Hopkins n'aurait répliqué que par un bref clin d'oeil complice.

Enseigner au centre d'Esclavage. Il revint sur terre à cette mention, la reliant aux autres indices semés plus tôt dans la soirée. Garrett n'avait il pas mentionné son travail au centre déjà ? Tout en mastiquant son ultime bouchée de riz, il essaya de l'imaginer au milieu de jeunes humains, leur enseignant... il ne savait quoi. La simple idée qu'il cotoie ces jeunes lui inspirait la plus vive admiration. Sa retenue, sa compétence... Voilà quelqu'un que les adolescents pouvaient voir comme un modèle, voilà quelqu'un qu'ils pouvaient admirer et espérer devenir un jour. C'était beau d'une certaine façon de leur procurer un peu d'espoir en l'avenir - du moins c'était ce qu'il pensait, bien qu'il n'en dise rien, pensant que cela ne ferait que le mettre plus mal à l'aise.

Le vampire passa du coq à l'âne, revenant sur la mention de Lewis Caroll. Sans doute n'avait il plus l'habitude de passer fluidement d'un sujet à l'autre au sein d'une longue conversation, lui qui avait l'air de s'être isolé dans sa carapace de solitude.

"Je ne suis pas un fan absolu. C'est le premier livre en anglais que j'ai déchiffré et il m'en a tellement fait bavé que j'en ai rêvé maintes et maintes fois. Je trouve encore maintenant ironique de rêver du rêve de quelqu'un d'autre - c'est le seul livre qui m'ait marqué à ce point. Je ne lis que peu autrement, je suis plus doué pour les langues parlées que écrites."

A tel point qu'il ne savait lire que l'anglais et le russe alors qu'il savait parler au moins trois autres langues relativement couramment. C'était une de ces petites hontes dont il ne parlait pas, un de ces petits faits qui lui rappelait qu'il n'était qu'un humain au temps compté et donc faillible. Sitôt devenu vampire, s'était il promis, il veillerait à apprendre à lire parfaitement chaque langue qu'il apprendrait - et dévorerait les chefs d'oeuvre qu'il ne faisait qu'effleurer actuellement.

De nouveau un changement de sujet - ou plutôt, un retour sur ce qu'avait dit Raimbert. L'esclave arrivait plus ou moins à suivre son maitre en redéroulant chronologiquement leur conversation. Il but une gorgée d'eau le temps de réfléchir puis fit tourner son verre en main, les yeux perdus dans le peu de liquide qui y tournoyait.

"J'aime le goulash. C'est une sorte de râgout à base de boeuf. Ma mère en faisait autrefois et je n'ai jamais réussi à en faire un aussi bon que le sien. J'aime les soupes aussi, elles ont un goût d'enfance."

Il la revoyait encore, elle devant sa grosse marmite d'acier, une cantine militaire récupérée il ne savait où. Elle faisait à manger pour tout le clan en certaines occasions - et le boeuf était très rarement à l'honneur dans les menus sauf séché, archi salé, tellement qu'il avait le goût des larmes sur la langue lorsqu'on le mastiquait encore et encore jusqu'à pouvoir l'avaler. Les rares fois où elle avait pu mettre la main sur un morceau adéquat de boeuf, elle tenait absolument à réaliser cette recette qu'elle tenait de ses ancêtres, un petit morceau de passé qu'elle tendait à ses enfants pour ne pas oublier. Jamais Raimbert n'avait pu en saisir la recette - sa mère et ses soeurs s'étaient toujours montré taiseuses quant au sujet des épices à employer.

L'humain revint à lui, l'esprit coupé par la question de Garrett. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas autant pensé au passé... Sous ses apparences anodines, il devinait un réel besoin sous cette question, une peur immense qu'il lui réponse négativement. Avec attention, il l'observa - était-ce lui ou ses joues avaient elles rosi ? - avant de poser son verre et de poser sa main sur une des siennes.

"Vous êtes chez vous, Garrett. Bien sûr que vous pouvez manger avec moi - ce sera avec le plus grand plaisir. Un plat n'a de goût que partagé."

Il serra sa main dans la sienne, juste ce qu'il fallait pour lui faire comprendre qu'il était là, bien en face de lui, et qu'il ne se désisterait pas de son rôle d'esclave protecteur. Ses yeux cherchaient à capter les siens, tendres et légérement amusés mais sans moquerie aucune.

"J'espère que vous aussi, vous arriverez à relier de bons souvenirs à la nourriture et pas juste des notions utilitaires. Triste est l'homme qui ne mange que pour survivre."

Un petit sourire et une caresse du pouce sur le dos de la main, comme le vampire l'avait fait plus tôt.

"Que vous évoquera désormais le steak de thon, dites moi ? La douceur du riz et la tendresse des poivrons ? Une table parfaitement mise ? La pause bien méritée après une soirée de travail ? Un diner aux chandelles ? je peux ramener les bougies si vous le désirez ~"

De nouveau ce rire qui ponctuait leurs échanges - ce rire qui animait cette maison figée dans le passé depuis bien trop longtemps.
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